un pas à la fois… un pas à la foi

Ávila 6 – Retour au Monastère de l’Incarnation, Jean de la Croix

Quel matin glorieux… Moi qui ne suis pas coureuse du tout, une idée saugrenue me prend à mon réveil: faire le tour de la muraille à la course au lever du soleil, en faisant un petit crochet aux Cuatro Postes, les quatre poteaux dont j’ai parlés dans Ávila 3.

Ça devrait cumuler entre 5 ou 6 km, parfait pour inaugurer mes nouvelles espadrilles procurées hier. Il est 7 heures lorsque je quitte le Séminaire et bien que les rues soient calmes, plusieurs marchands s’affairent déjà à préparer leur commerce au son des nombreux oiseaux qui s’éveillent en même temps que le soleil. J’atteins rapidement la muraille et là, j’avoue que je suis émerveillée. Les murs sont magnifiques aux lueurs de l’aube et je remarque que le paysage environnant adopte une même teinte douce, presque caressante. Je cours sans téléphone donc je n’ai pas de photos à vous partager malheureusement… J’arrive à l’extrémité ouest des murailles et prends le petit chemin pour les Cuatro Postes. Le sentier descend pour traverser une petite rivière puis remonte l’autre versant et le monument est juste en haut de cette butte. J’y arrive comme le soleil perce l’horizon… c’est magique. Quelle merveilleuse façon de débuter la journée, je ne peux qu’être en contemplation et remplie de gratitude. J’ai de nouveau une pensée d’admiration pour la petite Thérèse qui s’était évertuée jusqu’ici encore enfant. Quel cran!

Plus de détails suite à son départ du monastère de l’Incarnation relaté hier. C’est après cinq années agréablement tranquilles à St-Joseph qu’elle reçoit la permission du supérieur général du carme de fonder autant de couvents qu’elle le désire et sa vie tranquille se métamorphose en une constante pérégrination d’une ville à l’autre. C’est lors d’une visite à Malagón qu’elle rencontre Jean de la Croix et voit en lui celui qui peut opérer la réforme du côté masculin. Ainsi, bénéfice additionnel, ses soeurs peuvent maintenant bénéficier de confesseurs et accompagnateurs spirituels qui partagent leur vie d’oraison, contexte qu’elle convoite depuis longtemps.

Chaise de confession de Jean de la Croix

Thérèse est éventuellement nommée, contre sa volonté, prieure du monastère de l’Incarnation, son monastère d’origine, pour un mandat de réforme de trois ans. Elle y procède avec douceur et y fait nommer Jean de la Croix comme confesseur l’année suivante. Ceci aura d’heureuses conséquences pour ce dernier et pour les religieuses et une réputation de sainteté émerge peu à peu du carme, dont les accompagnements lui permettent de développer sa doctrine.

Pour un avant-goût de cette dernière, voici deux de ses citations:

<<L’âme qui s’attache à ses appétits n’est pas plus libre pour contempler Dieu que la mouche qui se pose sur du miel pour voler>>

 

<<Celui qui ne sait pas éteindre ses appétits chemine vers Dieu tel un homme tirant péniblement un chariot jusqu’au sommet d’une côte>>

Jean de la Croix apprécie la solitude qui l’entoure à ce monastère et ses seules interactions sont lors des accompagnements des religieuses. Il a même le privilège d’une petite tribune individuelle de laquelle il peut assister à la messe, plate-forme toujours présente dans l’église principale.

Tribune de Jean de la Croix au-dessus de la porte

Thérèse bénéficie également de sa présence et écrit une de ses principales oeuvres, le Château intérieur, durant cette période de proximité.

Le monastère conserve quelques artefacts du saint, dont la chaise de confession ci-haut et un calice. Aussi, un croquis qu’il dessine après une vision du Christ en croix vu de haut est visible au musée, croquis qui inspire Salvador Dali 400 ans plus tard. Une bonne photo est difficile à prendre à travers les vitres, en voici une copie obtenue sur internet:

Croquis du Christ en croix par Jean de la Croix

Thérèse retourne au couvent St-Joseph au terme de son mandat à l’Incarnation mais sa réforme continue à être source de controverses. Les religieuses de l’Incarnation pensent alors à la réélire comme prieure trois ans plus tard pour la soutenir mais elles sont menacées d’excommunication si elles votent en ce sens. Il faut aussi mentionner que les réélections ne sont pas autorisées par la règle. Même si certaines le font tout de même, Thérèse demeure à St-Joseph, calme dans la tourmente, et continue ses fondations jusqu’à son décès huit ans plus tard dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582 (année d’ajustement du calendrier justinien au calendrier grégorien pour l’Espagne), au couvent de l’Annonciation qu’elle a fondé à Alba de Tormes. Elle cite, sur son lit de mort:

“L’heure est à présent venue, mon Époux, que nous nous voyons”

Même si ce n’est que tout récemment, le 24 août 1940, oui, il n’y a pas cent ans, que le monastère de l’Incarnation devient Carmel déchaussé, ses moniales chérissent le souvenir de la sainte et la littérature mentionne plutôt qu’elles chérissent même la <<présence>> de la sainte, qui a été nommée prieure à perpétuité. On a installé son portrait dans le choeur et chaque soir, les clés du monastère y sont déposées.

Les sens des pas

  • Vue: La splendeur des murailles et des environs au lever du soleil
  • Odorat: L’odeur agressante d’acétone dans le salon où je reçois ma pedicura
  • Ouïe: Le silence de la nuit dernière!
  • Goût: La gaspacho au souper. Une soupe froide, excellente quand il fait chaud 🙂
  • Toucher: Le tronc en pierre de la croix des Cuatro Postes que je touche avec soulagement au milieu de ma course

L’essence des pas

De quel appétit ai-je de la difficulté à me détacher?

petit manteau orange fluo

 

4 thoughts on “Ávila 6 – Retour au Monastère de l’Incarnation, Jean de la Croix

  1. Louise Bénard

    Je ne sais pas si tu as reçu mon commentaire plus tôt aujourd’hui mais je te remercie de me faire connaître Sainte Thérèse d’Avila. Je connaissais très peu sur elle. J’en ai profité pour t’annoncer que notre nouveau Curé se nomme le Père Rénald Doyon, o.m.i. Nous l’accueillerons à la Paroisse du Sacré-Coeur samedi le 8 septembre à la messe de 16h30.

    1. PMOF Post author

      Bienvenue Louise, merci pour ton message. Non, je n’ai pas reçu ton commentaire précédent, merci aussi pour la nouvelle!
      Geneviève

  2. Jean-Yves

    Bonjour Geneviève, quel merveilleux chemin que le tien !
    Une question: sais-tu qui a menacé les religieuses d’excommunication si elles votaient pour la réélection de Thérèse ?
    Merci et bonne continuation, je me régale de te lire…
    Jean-Yves

    1. PMOF Post author

      Bonjour Jean-Yves,
      Une joie de te lire et merci, merci pour ton commentaire qui me permet de pousser plus avant mes recherches et d’apporter des précisions. Pour répondre à ta question, il s’agit du Père Valdemoro (probablement carme? Je ne trouve pas plus d’information à son sujet) venu superviser le chapitre de 1577 donc trois ans APRÈS la fin du mandat de Thérèse à l’Incarnation. C’est que comme la tourmente causée par sa réforme continue, les moniales de l’Incarnation veulent la réélire trois ans après pour la soutenir. Ah, bonne précision. Il faut aussi mentionner que les réélections ne sont pas autorisées par la règle. Bon à savoir… rien n’est noir ou blanc n’est-ce pas?
      Merci encore, j’ajuste le texte immédiatement et joviales salutations à toi et ta famille!
      Geneviève

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