Ségovie me rappelle. En particulier Jean de la Croix, que je n’ai pu explorer qu’un peu plus d’une heure samedi dernier. J’y retourne.

Que c’est agréable d’être assez familière avec un endroit pour savoir exactement où aller et quand y aller. Eh bien ça commence à être mon cas pour Ávila et je suis au guichet de la compagnie d’autobus au moment où il ouvre, je sais exactement quel billet acheter et où l’autobus va se présenter. C’est un petit bonheur mais un bonheur néanmoins quand on est à 5 602 km (il y a un site web pour tout maintenant…) de la maison 🙂
Ah, ha, il y a moins d’arrêts sur semaine que le samedi donc ma route est encore plus rapide que prévue. Ça adonne bien car j’aimerais débuter ma visite avec la messe au couvent des Carmélites déchaussées, fondé en 1574 par Thérèse bien sûr. Le dépliant obtenu au centre de réception des visiteurs samedi dernier mentionne qu’elle a lieu à 10h. C’est bon, comme il est 9h15 lorsque l’autobus se gare à une des extrémités de l’Avenida del Acueducta, j’ai amplement le temps de tranquillement explorer un autre chemin pour rejoindre le couvent situé entre la cathédrale et le fameux palais de l’Alcazar. Méandres à gauche puis à droite et j’arrive au couvent à 9h40…

Entrée d’origine du Carmel St-Joseph de Ségovie
… dix minutes après le début de la messe qui a commencé à 9h30. L’information que j’ai est erronée et la messe est très courte donc j’arrive pour le Cordero de Dios (l’Agneau de Dieu.) Dommage mais ça arrive. Je suis bien contente d’être venue néanmoins car la dernière phrase que prononce le prêtre me fait bien plaisir. Il dit: Podemos ir en paz, et non: Podeis ir en paz. Nous pouvons aller en paix au lieu de Vous pouvez aller en paix. Ah, un autre petit bonheur qui fait un grand bonheur. J’ai assez dérangé l’assemblée en arrivant en retard que je n’ose prendre de photos après la célébration mais la grille du cloître des moniales est bien présente donc il semble effectivement y avoir des différences entre moines et moniales chez les O.C.D. (Ordre du Carmel déchaussé.)
Eh bien cette courte messe plus tôt que prévue fait que j’ai encore plus de temps à passer au couvent O.C.D. de St-Jean de la Croix. Je prends un chemin plus court que la dernière fois et évite l’Alcazar pour me retrouver… oh! une flèche jaune! Ça, ça fait du bien. Une des flèches qui indiquent le chemin vers St-Jacques de Compostelle. Ségovie se situe en effet sur le Camino de Madrid. Sa présence est bien logique puisque je passe par la porte St-Jacques pour rejoindre le couvent. À la vue de la flèche, je me retrouve instantanément connectée avec tous les pèlerins qui avancent présentement sur les différents chemins vers Santiago. C’est fou ce que trois petits traits de peinture tout innocents peuvent faire surgir d’émotions 🙂

Ultreïa, ultreïa, et suseïa, Deus adjuva nos – Chant des pèlerins
Je continue et arrive bientôt au couvent. Le préposé à l’accueil indique initialement que seule l’église est ouverte mais j’arrive à baragouiner que je suis revenue, en espérant qu’il se souvienne de moi depuis samedi, pour voir autre chose. Ça fonctionne et je reçois une credencial qui me permet d’accéder à un sentier derrière le couvent menant à deux petites chapelles situées tout en haut derrière, que j’aperçois seulement furtivement samedi. Quel cadeau. Un boisé serpente en montant et j’arrive à la première chapelle. J’aperçois une cavité derrière celle-ci, qui m’entraîne vers un chemin dissimulé auquel je ne peux résister et poursuis immédiatement la montée.

Chemin creusé à même le roc derrière la chapelle du bas
Il aboutit à la deuxième chapelle, perchée encore plus haut:

Petite chapelle du haut, encore plus recluse
Que c’est calme et beau ici. Il est écrit que Jean de la Croix y vient souvent durant son priorat à ce couvent, dans des versions plus anciennes des chapelles sans doute. J’y passe deux heures de méditation silencieuse au son des oiseaux et des cloches des différents clochers qui m’offrent leur concert de midi. Inoubliable.
Une peinture affichée dans la chapelle du haut, qui vaut la peine d’être partagée:

Illustration de l’esprit de La montée du Carmel, livre de Jean de la Croix
Ah, le temps passe vite et il est presque déjà l’heure de reprendre la route du terminus d’autobus. Je fais un court arrêt à la chapelle du bas en redescendant et y découvre une sculpture de Jean de la Croix qui contemple un tableau du Christ crucifié derrière un autel tout simple. C’est devant cette image qu’il entend une voix lui demander: <<Jean, que désires-tu pour tous les travaux endurés pour moi?>>

Autel de la chapelle du bas et tableau du Christ crucifié

Expérience mystique de Jean devant le tableau
Je poursuis ma descente et fais un dernier arrêt à l’église du mausolée pour méditer quelques minutes en contemplant le retable mystique que j’aime beaucoup, puis reprends le chemin vers Ávila, dans un autre monde. Il y a des moments forts dans les pèlerinages, qui laissent des marques. Aujourd’hui restera gravé pour moi. Je ne peux que rendre grâce.

Tabernacle du retable mystique
Jean de la Croix vaut la peine d’être exploré. Ses principaux ouvrages: La nuit obscure, La montée du Carmel, La vive flamme d’amour, Le Cantique spirituel. Buen Camino.
Les sens des pas:
- Vue: Le magnifique panorama qui s’étend devant les deux chapelles de méditation du couvent de St-Jean de la Croix
- Toucher: Quoi? Des gouttes de pluie sur ma peau!!! Il pleut enfin, un peu…
- Odorat: Les effluves des fleurs en sortant de la cafétéria après souper. Elles ont apprécié la pluie je crois.
- Ouïe: Le ronron de la minoune du séminaire que j’arrive enfin à nourrir en allant nager 🙂
- Goût: Ma bonne salade russe en conserve du dîner, que je me suis procurée à 1€ au supermercado tout près du séminaire en vue de ma journée à l’extérieur. Vive les supermercados.
L’essence des pas:
<<L’âme qui s’attache à ses appétits n’est pas plus libre pour contempler Dieu que la mouche qui se pose sur du miel pour voler>> Dixit Jean de la Croix bien sûr
Clin d’oeil furtif de la journée:

Église de la Vraie Croix qui aurait abrité un morceau de la Croix dans le passé. Bâtiment dodécagonal du 13e siècle, qui appartient maintenant à l’Ordre de Malte.
petit manteau orange fluo