Oui, la photo d’introduction parle de joie ! Car c’est bien ce que je ressens ici.

Les clarisses n’étaient pas prévues à mon « agenda ». C’est la rencontre fortuite d’une de leurs soeurs qui a fait que je les ai ajoutées. La soeur rayonnait de joie. Que je suis heureuse d’avoir suivi mon instinct !
L’Ordre a été fondé il y a plus de 800 ans, en 1212, par sainte Claire d’Assise, contemporaine et proche de saint François d’Assise. Les moniales clarisses sont donc de la grande famille franciscaine, héritière du Poverello mais aussi de la volonté propre de sainte Claire qui a exigé que la pauvreté soit conservée au coeur de la spiritualité de ses filles. Elles sont contemplatives et cloîtrées et aspirent à un idéal évangélique de simplicité, d’humilité et de pauvreté. Le monastère Sainte-Claire de Paray-le-Monial existe depuis 1878 et il est situé sur une butte à quelques minutes au nord de la Basilique. J’y passe une merveilleuse semaine d’intériorité.

Je découvre un endroit sobre, qui semble bien reflèter les idéaux de simplicité et de pauvreté de sainte Claire en fait. Je ne manque de rien cependant, ma chambre est vaste, une de quatre chambres de l’hôtellerie située en haut d’un impressionant escalier en colimaçon de 26 marches. J’ai accès à une cuisine, qui donne sur une petite cour rectangulaire, et il y a même une machine à laver, wow ! Ça c’est tout un luxe !
Les soeurs hôtellières me donnent des clés qui me permettent d’entrer et sortir du monastère à ma discrétion sans déranger qui que ce soit. Elles m’expliquent qu’il faut verrouiller cette porte-ci à double-tour, celle-là à un tour simple. Ne pas verrouiller la porte qui va à l’église si une soeur s’y trouve encore. Drôles de petits détails mais qui me font un peu sentir de la maison. Puis elles me laissent en paix. Je suis libre d’assister aux offices ou non et de manger à l’heure qui me convient.

Les offices. Les “réguliers” des ordres monastiques sont à l’horaire et s’échelonnent de 7h à 20h45. Une bonne nuit de sommeil est possible pour les soeurs, tant mieux. Et de nouveau, je découvre avec plaisir des chants différents de ceux auxquels je suis habituée et j’aime beaucoup. La qualité de l’acoustique de l’église me surprend et les harmonies sont vraiment de toute beauté. Les soeurs ne sont pas si nombreuses, il me semble en avoir compté 17 au maximum, mais, à les entendre, on dirait qu’elles sont bien davantage.
Je demande bien sûr à rencontrer une moniale et c’est soeur M.-C. qui me tend la main à travers l’ouverture de la grille au parloir. Elle me parle avec engouement de sainte Claire et j’apprends que cette dernière est la seule femme à avoir écrit une règle monastique, wow ! Elle naît autour de 1194 à Assise. Adolescente, elle entend François prêcher et elle décide de quitter sa famille en cachette à 18 ans pour le rejoindre, lui et ses frères, et adopter leur mode de vie. Sa soeur Catherine la rejoint quelques jours plus tard puis sa mère, au décès du père de Claire. Claire devient abbesse à 20 ans et le restera jusqu’à son décès en 1253. Sa Règle est approuvée par le Pape Innocent IV quelques jours seulement avant sa mort. Mais, c’est une véritable histoire de super-héroïne médiévale, ça ! Je suis bien contente de la connaître davantage maintenant.

Soeur M.-C. me parle également que la fameuse pauvreté franciscaine n’est pas que matérielle, c’est aussi, et peut-être avant tout, une pauvreté intérieure et il est là, à mon avis, le chemin vers Dieu. Accepter sa pauvreté, c’est bien sûr reconnaître la nécessité de l’Autre et des autres. C’est un chemin d’humilité, de libération peut-être aussi. En tous les cas, si j’en crois ce que j’observe des soeurs ici, ça semble aussi être un chemin de joie.
Je perçois une joie particulière ici, dans la manière dont les moniales se traitent en particulier. Il y a deux ou trois moniales qui ont des problèmes plus sérieux de santé et ça réchauffe vraiment le coeur de voir leurs soeurs s’occuper d’elles avec patience et douceur. Un moment me marque plus particulièrement. Lors d’un des offices, j’entends soudainement avec une grande clarté une des moniales en chaise roulante qui ne chante pas aussi fort d’habitude. J’ai l’impression que sa conscience vient de la situer à l’endroit où nous sommes rendues et ses longues années du chant liturgique prend le dessus et elle chante ! Sa voix a perdu de sa rondeur cependant et peut-être un début de surdité l’empêche-t-elle de s’entendre elle-même mais je l’entends maintenant beaucoup et sa voix brise un peu de l’harmonie qui résonnait jusqu’alors. Eh bien qu’à cela ne tienne, il me semble que ses soeurs continuent le chant d’une telle manière qu’elles la soutiennent maintenant, elle, un peu comme un choeur et une soliste. Le tout est très subtil, on s’en rend à peine compte… mais moi je ne peux plus chanter.

J’aurais aimé pouvoir remercier les soeurs d’avoir contribué à la Beauté d’une manière spéciale ce soir-là.
Les sens des pas
- Vue : Les vitraux, toujours les vitraux, que j’aime les vitraux !
- Ouïe : Ce moment d’éternité quand une soeur est soutenue par ses soeurs
- Toucher : La douceur du bracelet-chapelet que je me suis procurée chez elle
- Odorat : L’odeur de mes vêtements fraîchement lavés à la machine
- Goût : Les succulentes nectarines de la pause de l’après-midi
L’essence des pas
L’étonnant mélange pauvreté et joie
pmof
Hello
Sur la route vers la Bretagne (Pornic) nous venons de lire la suite des news.Merci pour le partage.
Belle journée à toi 5 bonne suite de découvertes.
Elisabeth et Philippe NUSSBAUM
Merci à vous deux et bonne route également !