un pas à la fois… un pas à la foi

Ávila 9 – Nuestra Señora de Sonsoles

Une affiche attire mon attention à l’entrée de l’église de Saint-Antoine-de-Padoue hier: un transport est organisé pour une vigile de l’Assomption le soir-même à 22h20 en direction du sanctuaire Nuestra Señora de Sonsoles. Ah, ces détours de chemin valent souvent la peine…

Dôme de la chapelle latérale de l’église dédiée à Saint-Antoine-de-Padoue

Je me laisse tenter et déchiffre l’endroit où je dois me rendre. C’est à l’extérieur des murs devant le monastère royal de Santa Ana. Je n’y suis pas encore allée et comme il fait noir à 22h, je ressens une petite appréhension. J’ai beau savoir comment me déplacer sans attirer l’attention, j’évite malgré tout de me retrouver dans des endroits mal éclairés à la noirceur et je suis soulagée que des lampadaires longent ma voie presqu’entièrement. La vue d’un groupe d’une vingtaine de personnes en ligne près d’un arrêt d’autobus finit de m’apaiser. Je m’approche lentement et aborde une dame un peu plus âgée que moi; elle s’appelle Élisa et est un ange déguisé.

Il s’avère qu’elle est une professeure d’anglais à la retraite et sera une hôtesse des plus attentionnées pour la soirée. Ça fait quand même du bien de pouvoir m’exprimer facilement quand je trébuche le reste de la journée avec mon espagnol qui s’améliore poco a poco mais qui est encore très loin d’être fluide. Élisa s’occupera de m’expliquer l’essentiel du sanctuaire qui nous attend et guidera mes recherches dans le feuillet de célébration. Une chose qu’elle n’a pas à traduire cependant est lorsqu’une dame se dirige vers moi quelques minutes avant notre départ, animée d’une certaine agitation joyeuse. J’arrive à comprendre qu’elle me reconnaît comme une des choristes des trois concerts à San Juan, la cathédrale et San Pedro de la semaine dernière et par son enthousiasme, j’en déduis qu’elle a immensément apprécié. Incroyable! Oh, l’impact de la beauté de la musique. Ce n’est évidemment pas moi qui l’a frappée mais la beauté de ce qu’on a présenté. Je garde un chaleureux souvenir de ce moment.

Un petit autobus se pointe le bout du capot quelques minutes plus tard et comme je ne suis pas sûre qu’il y aura assez de place pour nous tous, je me place un peu en recul pour laisser la priorité aux Avilans qui ont prévu leur participation depuis longtemps. Élisa n’en veut rien entendre et c’est d’une poigne ferme qu’elle me tire à l’intérieur. J’observe que les Espagnols ont en général une volonté assez décidée 🙂 Heureusement, tout le monde a son siège. Le sanctuaire n’est qu’à 5 km donc nous y sommes rapidement et c’est une ambiance de recueillement qui nous souhaite la bienvenue.

Ambiance rare de pénombre à l’intérieur de l’église… de toute beauté

Élisa profite des quelques minutes avant la célébration pour m’expliquer que le nom de Notre-Dame Sonsoles vient de la découverte d’une statue de la Vierge sur ce site, statue qui aurait été enterrée à l’époque de la présence musulmane en terre ibérique. Lorsqu’elle est retrouvée par des bergers au 15e siècle, les yeux de la statue brillent tellement que les bergers disent qu’ils sont des soleils, son soles en espagnol. Deux miracles y sont rattachés: l’évitement d’un naufrage lors d’une forte tempête et la survie d’une attaque de caïman dans les territoires américains espagnols au 16e siècle. Une réplique d’un navire d’époque est d’ailleurs suspendue à une des arches de la nef:

Rappel de l’épisode du navire en détresse

Le caïman est également visible mais dans une cage de verre:

Le caïman ramené en Espagne empaillé

J’apprends avec un peu de stupeur que lorsqu’Élisa était enfant, le caïman était également suspendu, de l’autre côté de la nef face au navire. Elle en avait un peu peur (je comprends donc!) et quand des morceaux ont commencé à tomber sur l’assemblée, il a été sagement remisé dans sa cage de verre à côté de la porte. Ouf. Je suis plutôt soulagée de ne pas avoir de caïman qui me pende au-dessus de la tête pendant que je prie!

La soirée se poursuit avec la célébration, qui consiste en une eucharistie de l’Assomption, suivie d’une période d’adoration. La psalmodie est partagée entre les deux côtés de la nef et bien que les chants soient beaux en tant que tels, c’est le va-et-vient d’habitués qui donne à la prière une belle couleur locale et chaleureuse et les deux heures passent rapidement.

C’est le temps de retourner à Ávila et mon ange a un dernier tour d’aile. Elle parvient à ce qu’on embarque avec trois autres personnes qui ont pris leur voiture, pour que je puisse être reconduite directement au Séminaire, évitant ainsi de déambuler la nuit. Même s’il y a des lampadaires, on ne sait jamais qu’elle dit! Je la remercie cordialement rendue à destination et elle m’affuble de deux baisers athlétiques (!) sur les joues avant qu’on se quitte. Décidément, les Espagnols ont une énergie bien à eux… 🙂

Les sens des pas

  • Vue: L’atmosphère de recueillement du sanctuaire Nuestra Señora de Sonsoles hier soir
  • Odorat: Les effluves de fleurs à la sortie du monastère de l’Incarnación après les vêpres de ce soir
  • Ouïe: Le va-et-vient de la psalmodie lors de la vigile de l’Assomption hier soir
  • Goût: Je retrouve avec joie mes belles olives vertes espagnoles… ah qu’elles sont bonnes!
  • Toucher: La poigne vigoureuse et les baisers tout aussi vigoureux d’Élisa

L’essence des pas

Savoir dire oui à certains détours imprévus

Coup d’oeil furtif de la journée

 

 

 

 

 

 

 

 

petit manteau orange fluo

 

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