“Nous avons connu l’Amour et nous y avons cru.”
De l’Évangile selon saint Jean, ce sont les mots qui dominent la porte de l’accueil. Et un des rares signes extérieurs que ce Carmel est un complexe religieux.

Je suis déroutée par ce Carmel. Il m’a été recommandé par un grand nombre de personnes et c’est avec une joyeuse anticipation que je m’y rends enfin, mais j’avoue que l’extérieur rectiligne tout en béton gris me laisse pantoise.
Il est pourtant l’oeuvre de l’architecte catalan Josep Lluis Sert qui a reçu des accolades pour l’avoir bien intégré au paysage dans un style ultra-moderne, mais j’avoue que… je n’en vois pas la beauté. Je m’interroge sur les impressions des moniales à ce sujet mais n’ose soulever la question lors du bref entretien que j’aurai avec l’une d’elles au cours de mon séjour. Peut-être est-ce supposé refléter une certaine abnégation monastique ?

Nous effleurons d’ailleurs ce sujet durant l’entretien et j’apprends qu’il y a de plus en plus place à l’expression personnelle dans les communautés, malgré le voeu d’obéissance. Ce n’est pas qu’une petite brise légère qui souffle suite aux différents abus ayant vu le jour ces dernières années et les communautés s’adaptent. Bon, bonne nouvelle. Et si les bâtiments sont d’une grande austérité, le paysage est quant à lui à couper le souffle.

Le Carmel domine une butte au nord de la commune de Mazille, à sept ou huit km de Cluny. La présence des moniales à cet endroit est relativement récente, la communauté ne s’y étant installée qu’en 1962 après avoir quitté Chalon-sur-Saône, leur terre sainte depuis 1610. Les soeurs ont dû être bien heureuses d’y déménager malgré l’austérité de leurs nouveaux bâtiments car j’avoue qu’il est difficile de trouver meilleur cadre à l’oraison : on entend un peu du bruit routier d’une route plus importante qui passe pas trop loin mais le Carmel est seul sur sa butte et un panorama de 360 degrés est accessible au prix d’à peine quelques pas. On est dans une campagne vallonnée et tout est vert aux alentours. Les fleurs, nombreuses en cette saison, ajoutent leurs couleurs, ainsi que le font vaches et moutons blancs. Et les bâtiments avoisinants apportent quant à eux le beau beige de leurs pierres. L’oraison surgit naturellement.

La particularité de ce Carmel ne réside pas que dans son architecture. Les moniales sont sensibles aux enjeux oecuméniques et interreligieux de notre temps et elles accueillient même les participants de rencontres interreligieuses en leurs murs. Je songe à y retourner pour la prochaine rencontre prévue pour le mois prochain.
Aussi, une petite exploitation agricole (vaches, moutons) permet une intégration inattendue dans leur environnement rural. Ce contact avec le prochain immédiat, ce partage d’épreuves quand il y a, réduisent la distance néfaste qui peut se créer entre une communauté religieuse cloîtrée et les gens du voisinage. Ce dialogue, même s’il utilise peut-être un peu moins de mots, est à mon avis une merveille d’apostolat passif.
Enfin, il n’y a pas de magasins de produits religieux au Carmel mais leurs animaux produisent de très bons fromages qu’on peut déguster à la majorité des repas. J’ai le goût de leur suggérer l’apiculture – les belles petites abeilles sont partout, tout comme les fleurs.
Les sens des pas
- Vue : La rangée de magnifiques peupliers qui s’agitent au vent
- Ouie : Les chants des oiseaux, dont plusieurs sont nouveaux pour mes oreilles nord-américaines
- Odorat : Le mélange des odeurs de fleurs
- Goût : Les succulentes frites qui semblent, si j’en crois la jubilation des bénévoles permanents, rares
- Toucher : Le poil soyeux du minou qui se blottit dans mes bras lors d’une promenade
L’essence des pas
Accepter ce qui dérange

pmof
Belle découverte je ne le connaissais pas. Merci à toi.
Merci Sophie !
Je médite ces paroles: “Nous avons connu l’Amour et nous y avons cru”. Continue ton beau pèlerinage ma chère Geneviève, c’est très enrichissant!
Merci Louise ! Et oui, belle source de méditation, en effet.