La messe en français d’abord, puis les messes des pèlerins en espagnol, où j’ai la chance de faire l’expérience très marquante du botafumeiro et de l’Himno al l’Apóstol Santiago qui l’accompagne.

L’encens est déposé sur des braises brûlantes que les tiraboleiros ont inséré au fond de l’encensoir géant
Donc la messe en français d’abord. Elle se déroule à 9h tous les matins dans la chapelle du Sauveur, directement derrière le maître-autel. Les membres de l’accueil veillons à la liturgie puis offrons une présentation sur la chapelle en tant que telle, qui a été la première à être consacrée en 1102. La cathédrale complète l’a été en 1211 et vient donc de célébrer ses 800 ans. Une jeunesse.
L’affluence aux messes durant la quinzaine varie de deux ou trois à près de 50. Elle est conçue pour recevoir 20 personnes mais les pèlerins sont habitués à la proximité. Quelques pèlerins qui n’ont pas marché se joignent aussi à nous à l’occasion, dont un couple qui possède une habitation sise sur le chemin en France. N’ayant pas le loisir de faire le pèlerinage à pieds à cette étape de leur vie, ils ont quand même voulu faire un pèlerinage à St-Jacques et sont arrivés par avion. On a bénéficié de leur agréable présence pendant cinq jours. De tels pèlerins sont très peu nombreux mais ils existent et bien que la marche apporte tout un lot de bénédictions, ce n’est pas l’unique façon.
De retour à la chapelle donc. J’apprends que lors de la construction d’une cathédrale, des appels de “levées de fonds” sont envoyés aux différents royaumes de la chrétienté et la chapelle du Sauveur est ainsi appelée “des Français” ou “des rois de France” en raison de ses donateurs. Son retable du 16e siècle en albâtre montre le Christ Sauveur entouré de Marie, St-Jacques, St-Jean l’Évangéliste, Marie-Madeleine, St-Michel et Ste-Catherine de Sienne. Une reproduction de la Vierge de Rocamadour, transportée à dos de pèlerins depuis Rocamadour, sied délicatement dans l’alcôve de droite. Il n’est pas rare que des liens entre lieux de pèlerinage importants sont ainsi tissés (Rocamadour est le 4e pèlerinage en importance au Moyen-Âge, après Jérusalem, Rome et Compostelle) et le monastère de San Martín Pinario, où nous mangeons, est en l’honneur de nul autre que Saint-Martin de Tours. Deux statues de saints adornent les côtés de la chapelle, dont celle de San Pedro de Mezonzo, qui compose le Salve Regina. Ce n’est que lorsque le chant est rapporté au Puy-en-Velay que sa distribution prend de l’ampleur. Dernière particularité de la chapelle, le vitrail très moderne offert par l’Association des amis de St-Jacques de France. Il représente de façon stylisée les différents chemins et affiche une belle croix de St-Jacques.

Les chemins sur fond de ciel bleu
Les messes des pèlerins se déroulent habituellement à midi et 19h30 à l’autel principal et d’autres sont parfois ajoutées le dimanche. Elles sont en espagnol et il semble que tous les prêtres qui le veulent peuvent y participer. C’est vraiment une messe de pèlerins: la provenance des pèlerins qui ont obtenu leur compostela depuis la dernière messe est annoncée en début de célébration, des pèlerins sont invités à témoigner avant l’homélie, qui est pour sa part toujours liée à un aspect du pèlerinage, et la bénédiction finale porte sur le retour à la maison et la continuité du pèlerinage de la vie. Je craque une fois lorsque les pèlerins qui témoignent sont un enfant atteint d’un trouble de développement mental apparent et son “assistant” adulte. L’amour apparent qui les lie est un évangile en soi.
Tout ceci est suffisant pour rendre cette messe des plus intéressantes mais le chant est en plus merveilleusement mené par une religieuse à la voix d’or. Elle se nomme Soeur Céleste et sa voix l’est vraiment. Puis il y a le botafumeiro. Encensoir géant originalement destiné à purifier l’air lorsque les pèlerins restaient dans les tribunes de la cathédrale (eh oui!), il retrouve maintenant sa fonction de contenant à encens, dont la fumée symbolise l’élévation de nos prières vers Dieu. Le botafumeiro est actionné par huit tiraboleiros (même racine que thurible, anglais pour encensoir) qui tirent chacun une corde faisant tourner une poulie située tout en haut dans le ciborium à 21,8 mètres de hauteur. Le botafumeiro oscille de plus en plus rapidement entre les ailes du transcept et va jusqu’à atteindre une vitesse de 70 km/h! C’est très impressionant. Les meilleures places pour s’asseoir sont donc situées à côté de l’allée, dans les transcepts. À moins que vous ne soyez accueillants et ayez le privilège d’être directement à côté des tiraboleiros.
C’est que les fonctions d’accueillants incluent une annonce pour mentionner aux pèlerins assemblés dans la cathédrale les différentes opportunités offertes par l’accueil. Cette annonce se fait juste avant la messe de midi et le micro est dans le centre de la cathédrale, à côté du pillier central auquel sont attachées les cordes du botafumeiro. Et on reste là toute la messe… incroyable. D’où la proximité de laquelle j’ai pu prendre la photo en début d’article. Je n’ai pas utilisé de téléobjectif, je suis bel et bien aussi proche.
C’est vraiment toute une expérience sensorielle car là ne s’arrête pas l’extraordinarité (!) de l’évènement. L’encens dégage bientôt son odeur et je suis tellement proche que sa fumée entre dans le nez et la gorge, qu’on le veuille ou non. Je veux bien pour ma part 🙂 Peu après le début du balancement, l’orgue débute l’hymne de St-Jacques à puissance fortissimo et Sr Céleste enchaîne avec les paroles. Ça donne ceci:
Incroyable privilège d’avoir pu assister ainsi à une douzaine de “botafumeiros” durant la quinzaine. Gravé dans mon être pour longtemps.
Les sens des pas
Vue: Le botafumeiro à sa hauteur la plus haute
Odorat: L’odeur d’encens qui reste avec moi bien des minutes après la fin de la messe
Goût: Ma ensalada mixta completa de mon resto préféré près du bureau des pèlerins
Ouïe: L’hymne à l’apôtre St-Jacques chanté par Sr Céleste accompagnée à l’orgue
Toucher: Le velours aplati du banc sur lequel les accuillants s’assoient lors de la messe
L’essence des pas
S’évangéliser les uns les autres. C’est un peu ça le pèlerinage.
petit manteau orange fluo