un pas à la fois… un pas à la foi

Santiago 3 – Visite spirituelle (1ère partie)

Un des trois accueillants mène la visite guidée de l’extérieur de la cathédrale tous les soirs à 18h30 car cette belle cathédrale, elle a quelque chose à nous dire! Voici un abrégé de ma version.

Façade nord dite de l’Azabachería

D’abord, vers qui marche-t-on? Et pourquoi vers ce lieu certes très joli mais plutôt perdu? Le St-Jacques dont il est question à Compostelle est le fils de Zébédée et Salomé, et frère de Jean qui deviendra l’Évangéliste. La bible rapporte qu’il reçoit l’appel de Jésus à le suivre alors qu’il est en train de pêcher sur le lac de Galilée avec son père et son frère, qu’il est témoin de la résurrection de la fille de Jaïre, de la Transfiguration sur le mont Thabor et un des apôtres à qui Jésus demande de l’accompagner par la prière au Jardin des oliviers avant sa Passion. Jacques, tout comme Pierre et Jean, ne peut veiller une heure sans dormir à cette occasion. Comme nous, il n’est pas parfait. Les Actes des apôtres indiquent qu’il est décapité par Hérode Agrippa à Jérusalem en l’an 44.

Ensuite, sa trace ne se retrouve qu’à la fin du 6e siècle alors que des Catalogues apostoliques byzantins signalent sa prédication en Espagne. Ces documents révèlent aussi que ce serait le lieu de sa sépulture. Autre bond dans le temps et c’est au 9e siècle qu’un ermite nommé Pelage voit de mystérieuses lumières au-dessus du bois où il vit. Il avertit l’évêque de la région, Théodomire, qui se rend sur place, jeûne trois jours et découvre le tombeau de l’apôtre. Le roi des Asturies, Alphonse II le Chaste est prévenu et quittant Oviedo, il devient le premier pèlerin à se diriger vers St-Jacques. Le camino primitivo reflète cette pérégrination initiale (primitivo n’a donc pas un sens de manque de services mais plutôt de premier.) Alphone II donne des fonds pour bâtir une église près du tombeau, la Corticela, qui fait maintenant partie de l’enceinte de la cathédrale et sert d’église paroissiale aux gens de Santiago. La nouvelle se répand à toute la chrétienté et l’évêque du Puy-en-Velay, Godescalc, serait le premier pèlerin non-espagnol à entreprendre le pèlerinage en l’an 950. N’en déplaise aux diocèses le long de la Via Podiensis, ce dernier n’aurait pas emprunté cette voie, mais plutôt descendu le cours du Rhône pour rejoindre une route passant par Arles et éventuellement prendre les voiles pour Barcelone, d’où il aurait marché vers le tombeau privilégiant donc une voie commerciale plus sécuritaire et facile que la traversée des Pyrénées. Dixit nulle autre qu’Adeline Rucquoi.

Pour les férus de faits et de preuves: Plus récemment, à la fin du 16e siècle, le corsaire anglais Francis Drake menace de piller la cathédrale et voler les ossements du saint. L’évêque de Santiago cache alors ces derniers pour les protéger et ce n’est que trois siècles plus tard que des recherches sont entreprises pour les retrouver. Des ossements d’un homme décapité sont trouvés et des examens déterminent qu’ils datent du premier siècle. Deux reliques prises des ossements avant leur cachette sont examinées, une dent et une partie de mandibule inférieur, et les résultats confirment qu’elles appartiennent à la même dépouille. Enfin, en 1953, la pierre tombale de l’évêque Théodomire est trouvée lors de fouilles dans le sous-sol de la cathédrale. Peut-on affirmer que les ossements de l’homme décapité trouvés au 19e siècle sont ceux qui avaient été cachés? Oui. Peut-on affirmer que ce sont ceux de l’apôtre St-Jacques? Non. Et on débute la visite spirituelle de l’extérieur de la cathédrale.

Le chemin des Français (et le primitivo), arrive de l’est donc de dos à la cathédrale. Les pèlerins empruntent la Rúa da Acibechería (Azabechería en galicien) pour leurs derniers pas et sont accueillis par la façade nord de l’église, dont cette belle statue en occupe le centre:

Mais… elle a les yeux bandés! Et que tient-elle dans sa main droite? Un flambeau? Non, un calice surmonté d’une hostie. Et elle s’appuie sur une croix dans sa main gauche. Cette statue est l’allégorie de la foi. Elle dit aux pèlerins que ce dont ils viennent de faire l’expérience est du domaine de la foi. Particulièrement de nos jours, pourquoi choisir de marcher vers Compostelle au lieu de n’importe quel autre sentier? Quelle est l’essence de l’appel qui nous y pousse? La statue nous dit aussi que s’appuyer sur la croix nous donne accès à la vie éternelle. La Résurrection, qui est transformation… Quelles transformations a-t-on vécu sur le chemin?

Puis on débute le tour de la cathédrale en sens horaire et c’est l’extérieur de la Corticela qui capte notre attention.

Ce petit toit de tuiles ondulées abrite l’église financée par Alphonse II au 9e siècle. Elle est dédiée à la Vierge et un bel escalier y monte depuis l’intérieur de la cathédrale. Son tympan illustre les rois mages qui ont suivi une étoile jusqu’au bébé Jésus. L’étoile qui mène vers Jésus. Compostelle… le champ des étoiles, qui ici aussi nous mènent vers Jésus. On marche vers St-Jacques, oui, mais ce dernier nous indique le Seigneur, ne l’oublions pas! St-Jacques n’est rien sans le Ressuscité.

En poursuivant le tour, on quitte lentement la Praza da Azabachería en passant devant plusieurs boutiques d’orfèvrerie. J’apprends qu’il est fréquent d’avoir des orfèvres près des cathédrales car au Moyen-Âge, les dons se faisaient en bijoux, pas en argent. Les cathédrales avaient donc besoin d’orfèvres qui transformaient les dons en objets pour le culte. (Notre-Dame de Paris a même son quai des Orfèvres!) Ici, c’est la Praza da Azabachería, la place des artisans du jais. Le jais est une pierre noire très dure qui était souvent utilisée dans les parures de deuil.

Puis on arrive sur la façade ouest du bâtiment qui donne sur la Praza de la Quintana. Son élément majeur est la porte sainte…

… à laquelle on n’a accès qu’aux années saintes jacquaires. Ces dernières correspondent aux années lors desquelles la fête de St-Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche. La dernière fut en 2010, la prochaine sera en 2021. Exceptionnellement, la porte fut ouverte l’an dernier lors de l’année de la miséricorde. Symbolisme très à-propos pour une porte sainte d’ailleurs.

En passant une porte, on sort d’un endroit où on était, d’un ancien ordre des choses, d’une ancienne manière de vivre pour entrer dans un nouvel endroit, un nouvel ordre des choses, une nouvelle manière de vivre. La miséricorde est la penture de porte. Voir Jn 10, 9. Quel mode de vie avons-nous laissé derrière lors du pèlerinage?

La visite continue dans le prochain article…

Les sens des pas

Vue: Les yeux bandés de la statue de la foi

Odorat: L’odeur des paellas du resto en tournant le coin après les bijouteries

Goût: L’empañada du kiosque à bières durant le festival des bières artisanales sur la Praza de la Quintana

Ouïe: Le bruit assourdissant des concerts donnés sur la scène montée sur la Praza de la Quintana

Toucher: Le fer des grilles fermées qui mènent à la porte sainte

L’essence des pas

Qu’y a-t-il d’autre à deceler?

petit manteau orange fluo

 

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