un pas à la fois… un pas à la foi

Santiago 1 – Accueil francophone

Eh bien, quelle quinzaine! Cette quinzaine fait référence au nombre de jours durant lesquels nous avons travaillé 12 heures d’affilée à accueillir des pèlerins francophones, organiser les messes en français, mener des groupes de partage et animer des visites spirituelles de l’extérieur de la cathédrale. Drainant, il faut l’avouer, mais surtout très enrichissant.

Alta Mayor de la cathédrale de Santiago et botafumeiro

Le “nous” fait référence à l’équipe de trois qui assure l’accueil francophone des 1er au 15 juillet. La chef d’équipe est Sr Françoise, religieuse des Soeurs de St-François d’Assise basée à Paris qui en est à sa troisième année de participation, heureusement pour nous, et mon autre comparse est Dominique, un laïc de la région de Picardie. Tout comme moi, il en est à sa première expérience. Il y a également toujours un prêtre avec nous; le Père Élie, de l’Aveyron, assure la première semaine et le Père André, du Gers, la deuxième. L’accueil francophone a débuté il y a trois ans, à la demande de l’évêque de Santiago et il s’agit d’un accueil pastoral, pas touristique. Il existe également des accueils en langues anglaise, allemande et néerlandaise.

La beauté de l’expérience est bien sûr la rencontre des pèlerins. Que ce soit à l’accueil ou au partage, les témoignages, ou même juste les sourires, sont touchants. J’ai l’impression d’avoir accès aux “vraies” personnes, qui ont laissé les fards des façades sociales quelque part entre Fromista et Santiago. Ou à Tuy, Ferrol, Santander, Oviedo ou même Séville. Oui, plusieurs chemins mènent à Santiago! Bien des personnes commencent en touristes mais je suis d’avis que la plupart terminent en pèlerins. Et nous avons le privilège, à destination, d’apercevoir dans leurs yeux la beauté d’une fleur intéreure qui vient de s’épanouir.

Il ne s’agit pas d’une beauté esthétique, on arrive à Santiago fatigués, sales et hirsutes, mais une beauté de l’être. On est un peu plus proches de notre essence propre au bout de cette partie du pèlerinage. De ce pourquoi on a reçu le don de la vie. C’est la raison pour laquelle “l’accueil” est si important. Offrir la possibilité de partager son expérience, d’y donner un sens, d’avoir des pistes pour poursuivre plus loin, pour cueillir les fruits qui continuent à mûrir… C’est que le pèlerinage ne fait que commencer à Santiago. Cliché, mais vrai.

La première journée débute à 7h45 avec le déjeûner à l’Hospedería du monastère San Martín Pinario et on s’attable au même endroit à 21h55 pour souper (les autres journées seront quand même un peu plus raisonnables, ouf.) C’est qu’on se fait dire qu’on ne peut manquer la vigile du samedi soir et qu’on y apprend aussi beaucoup sur l’intérieur de la cathédrale. Bien que notre visite spirituelle ne porte essentiellement que sur son extérieur, il est bon d’en savoir le plus possible donc on y va. Le captivant guide est Dom Tertio, un des chanoines. Ce n’est pas vraiment son nom mais il en hérite car nous le rencontrons après avoir maintes fois entendu parler de Dom Segundo…  Pas très original mais il gardera ce surnom pendant presque toute la quinzaine et j’apprendrai seulement lors de la dernière journée qu’il se nomme en fait Elisardo. Je vous le dis au cas où vous êtes à Santiago un samedi, la vigile est à ne pas manquer et vous saurez comment le saluer. Il est également excellent homéliste.

Les journées sont longues mais on adopte bientôt un horaire qui permet à l’un de nous d’avoir quelques heures de repos à chaque trois jours. Et autre opportunité de se détendre, on se retrouve à l’occasion des changements de prêtres dans un resto de la Rúa Do Vilar, le Paradiso. Le proprio, Agustino, nous fait souvent le privilège de son patxaran, digestif qu’il concocte lui-même. Je n’ai pas l’habitude de l’alcool mais honore sa générosité avec grand plaisir; son nectar est tout simplement divin. Il nous enseigne la façon espagnole de trinquer au frontibus, au nasibus et au je-ne-me-rappelle-plus-tibus. C’est: El arriba! (en haut! Le verre ne touche jamais le corps) El bajo! (en bas) El centro! (au centre) El dentro! (dedans!) Ils ne chantent pas “Elle est des nôôôtres…” J’imagine que c’est acquis.

Un des privilèges de notre “accréditation” d’accueillants est de pouvoir emprunter la porte de sortie de la cathédrale pour y entrer. Ce détail semble anodin mais ça nous fait sauver bien du temps. Comme le Porche de la Gloire est en rénovations, l’entrée ne se fait que par le portail du transept sud. Nous, on arrive du côté nord donc ça nous fait éviter de contourner l’immense édifice à chaque fois. Ça nous oblige cependant à passer sous l’arche du supplice.

Bon, j’exagère, il n’y a pas d’arche du supplice bien que la cité soit définitivement d’aspect médiéval, mais c’est ainsi que je nomme l’arche sous lequel des troubadours modernes de toute sorte se campent pour nous divertir de leur talent. De très tôt à très tard. Le supplice ne vient pas d’un manque de talent mais du volume de leur prestation. C’est incroyablement fort sous l’arche, particulièrement les cornemuses, et ayant l’ouïe fine, je dois boucher mes oreilles à chaque fois que je passe. Les troubadours me font alors de gros yeux. À part le volume, c’est habituellement bon cependant et offre une succulente saveur auditive galicienne:

Parlant de troubadours, ils sont partout. Je me demande même si le mot ne vient pas de badeaux qui se campent dans n’importe quel trou tellement ils sont omniprésents. La moindre petite inégalité dans un mur et hop, un troubadour apparaît… On entend de tout: folklore, guitare seule, opéra, musique classique, rock… Cette cité a vraiment tout un cachet.

23h30… Troubadours pas encore couchés…

Cette effervescence peut toutefois créer un désarroi assez important chez les pèlerins qui ont eu l’habitude de marcher seuls ou en petits groupes au milieu de la nature pendant plusieurs semaines avant d’arriver ici. Plusieurs sont dérangés par tout ce bruit et… les milliers de touristes qui ne sont pas du tout dans le même esprit. Ces touristes qui sont bien habillés, propres, sentent bon et ne portent généralement pas attention aux gens autour d’eux. Je pousse un peu fort mais à peine. Il y a une différence notable entre les deux groupes et certains pèlerins ne peuvent attendre de quitter Santiago au plus vite; ils cherchent les flèches pour Fisterra dès qu’ils ont obtenu leur compostela, certificat confirmant qu’ils ont accompli le pèlerinage. Je les comprends. Ça prend un certain temps pour se réadapter à la civilisation et peu de pèlerins planifient bien cette période. Il faut aussi planifier des petites retraites à intervalles pas trop éloignés après le retour à la maison, histoire de continuer à cueillir les fruits du pèlerinage, qui continuent à mûrir à côté de nos fleurs intérieures 🙂

Les sens des pas

Vue: La lumière dans les yeux des pèlerins

Odorat: L’odeur du patxaran d’Agustino

Goût: Le patxaran d’Agustino…

Ouïe: La cornemuse sous l’arche

Toucher: Les poignées de mains et les accolades avec les pèlerins, les autres accueillants, les gens de la cathédrale

L’essence des pas

Le pèlerinage continue

petit manteau orange fluo

 

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