un pas à la fois… un pas à la foi

C. Inglés 4 – Betanzos à Hospital de Bruma

Bon. Les pèlerinages sont imprévisibles, c’est ce qui fait leur beauté, je l’ai déjà dit. Parfois, la beauté des imprévus prend quelques minutes à se faire appprécier cependant…

La beauté prend parfois son temps…

Mais là je commence par la fin. Ce n’est pas 30 km que j’ai marchés, c’est 34. Avec toute une averse pour les derniers quatre. Rien de dramatique, ce sont des choses qui arrivent en pèlerinage. Mais quand je suis mouillée et fatiguée, la beauté de la choses peut prendre quelques minutes à se faire apprécier.

Retour en début de journée. Je quitte Betanzos à 8h30 et rencontre mes premiers co-pèlerins quelques km après être sortie de la ville. Un groupe de quatre et ça semble être papa avec ses trois enfants. Ils sont arrêtés un peu en avant de moi et j’ai l’impression que c’est pour permettre aux enfants d’endosser leur imperméable car de petites gouttes ont débuté. Comme j’arrive à leur hauteur, je m’aperçois que ce ne sont pas les enfants qui forcent l’arrêt mais le papa, qui est… au téléphone. Ç’a l’air relié au travail… Pauvre lui. Le Camino Inglés n’étant que de 115 km, c’est sûr que ceux qui l’entreprennent ne sont pas nécessairement en pause de leur routine autant que moi. J’admire donc ce papa qui prend la peine de faire le pèlerinage avec ses enfants, même s’il est manifestement toujours lié à des problèmes qui semblent devoir être réglés. Je les dépasse et suit mes flèches.

J’entame peu après une descente et à un moment donné, il y a une belle petite maison un peu plus bas sur la gauche. Elle est d’un beau jaune clair, avec son toit de tuiles terra cotta. Il est encore relativement tôt et les Espagnols ne semblent pas avoir l’habitude de se lever de bonne heure donc quelle n’est pas ma surprise de voir une dame sortir de la maison lorsque j’arrive tout près et m’offrir quatre délicieuses prunes! Wow! Quelle gentillesse! J’avais entendu parler que ça arrivait parfois mais c’est une première pour moi. Ça fait vraiment chaud au coeur. J’avais aussi entendu dire que les gens faisaient ça pour que les pèlerins prient pour eux une fois à Santiago. Je n’ai pas compris ce qu’elle m’a dit mais c’est sûr qu’elle sera dans mes prières!

Eh bien les douze premiers km de la journée vont bien et j’arrive près du premier café. La petite carte que j’ai indique qu’on doit quitter le Chemin pour 400 m et c’est là. Hhmmm, plus de 400 m plus loin, ce n’est pas là. Avec 30 km de prévu pour la journée, je ne désire pas prendre une pause tant que ça et rebrousse chemin. 1 km vient donc de s’ajouter aux 30.

Comité d’accueil au resto du dîner… Drôle de lit mais qui semble apprécié!

Une heure et demie plus tard, j’arrive à l’arrêt au 18e km et là, c’est le temps de manger et se ravitailler en eau car il n’y a plus rien pour les 10 prochains km. Je commande une tortilla, qui ici se traduit par une omelette faite d’oeufs et de pommes de terre. Je pense commander une pointe et reçoit une assiette pleine! C’est très bon et j’ai besoin d’énergie donc j’en mange plus de la moitié et l’aubergiste me fournit un contenant pour que je puisse apporter le reste sans que je ne lui demande. J’accepte même si ça veut dire un peu de poids supplémentaire car bien que la pluie ait été sporadique jusqu’à maintenant, les nuages sont menaçants et c’est toujours bon d’avoir des provisions au cas où je doive arrêter quelque part.

Puis c’est le test physique anticipé du pèlerinage. Non seulement cette journée a maintenant 31 km (elle en avait officiellement 28 mais mon hébergement est 2 km plus loin et la recherche du premier café en a ajouté un autre), mais il y a aussi une steep climb de prévue, commentée ainsi dans mon guide: Walk 200m to the bottom of the road and prepare for a steep ascent. […] Once you’ve made it (…), you’ve completed the most demanding part of the walk. Hhmmm. Eh bien allons-y. Je n’ai pas fait 100m qu’une voiture s’arrête à ma hauteur et un homme m’invite à prendre place à ses côtés. Il me fait comprendre que c’est toute une montée, que ça va être difficile et que ce serait sage que je profite de son offre. C’est très gentil de sa part. Il me voit pas très grande, avec un gros sac sur le dos. Il ne réalise pas que derrière mon sourire se cache toute une tête de cochon et que si je décide de monter la côte, je vais monter la côte. Je le remercie donc chaleureusement et décline au moins trois fois. Il finit par lever les bras en signe de découragement et repart. Je poursuis avec mes petits pas. En passant, me suis-je sentie menacée par son offre à quelque moment que ce soit? Jamais.

Eh bien la côte est pentue, oui. Mais elle a seulement 900m. Les côtes d’hier étaient bien plus difficiles à cause de leur interminable longueur. Je prends mon temps et arrête à chaque 100 pas quand c’est accentué comme ça. Je laisse mon rythme cardiaque redescendre et redémarre. Ça fonctionne pour moi!

Clin d’oeil du paradis durant une accalmie de la pluie

Le reste de la distance va surprenamment bien et j’ai du monde qui prie pour moi, j’ai un deuxième souffle et je rattrape facilement le temps perdu en montant. Les km défilent et je dépasse ma plus longue journée du Camino Francés de 28 km. J’arrive à l’auberge d’Hospital de Bruma et là, les choses se corsent un peu. Mon hébergement est supposé être 2 km plus loin. 2 km plus loin , il n’y a pas d’hébergement et ce qui est encore pire, pas d’indications. Le seul indice que je puisse déceler est des flèches en sens inverse d’un côté d’une rue perpendiculaire. J’espère qu’elles indiquent la direction pour revenir vers le Camino en partant de mon hébergement et prends cette direction. Il n’y a rien autour que des arbres. Une voiture passe, que j’essaye de faire arrêter, mais le conducteur est en train de texter et ne semble pas me voir. Peut-être que c’est la pluie, qui a recommencé à tomber drue maintenant, qui l’empêche d’apercevoir mon manteau orange fluo? Peut-être est-il daltonien et me confond avec la forêt environnante? 😊 Je continue 1 km de plus, 2 km de plus. J’arrive enfin à arrêter une voiture et la conductrice m’indique que ce n’est qu’un km plus loin. Donc 3 km plus loin que ce n’était indiqué sur leur pamphlet. Hhmmm. C’est dans ces moments où la beauté des imprévus des pèlerinages prend juste un peu plus de temps à se faire voir… 🙂 J’en parle calmement à l’aubergiste quelques minutes plus tard et le prix de ma chambre est soudainement réduit de 25%. J’aurais préféré la vérité sur le pamphlet mais je garde en tête que c’est leur gagne-pain. Allez, dodo.

Les sens des pas

Vue: Les rayons du soleil à travers les branches quand il ne pleut pas.

Odorat: Les odeurs de ferme… Le Chemin en traverse plusieurs aujourd’hui.

Goût: La tortilla de Julia pour dîner.

Ouïe: Les miaulements de chat. Autant ils étaient rares jusqu’à maintenant, autant ils sont nombreux aujourd’hui.

Toucher: Ma peau détrempée durant les averses. Il y a des averses qui se moquent du Gore-Tex.

L’essence des pas

Donner quatre petits fruits est un grand geste.

petit manteau orange fluo

 

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