La Galice est superbe. Et son paysage offre vraiment toute une panoplie de points de vue. On regarde vers le haut, on regarde vers le bas, on regarde vers le haut…

Le paisible sommeil des chaloupes à Pontedeume
C’est que c’est vrai qu’il y a beaucoup de côtes en Galice. On monte, longtemps, on descend, on remonte… il y a peu d’endroits plats! C’est peut-être pour ça que les gens sont si gentils, ils ont de la compassion 🙂 Tellement gentils que je suis tombée sous leur charme aujourd’hui.
En quittant Cabañas, je traverse un pont qui joint Pontedeume. Pas de pêcheurs sur le pont cette fois mais juste à côté. Ils attirent mon attention car ils manipulent avec ardeur un très long manche, qui semble pris dans le fond. Ils tirent et poussent et tirent et poussent et leur barque tangue en suivant leurs mouvements. À un moment donné, le “bout” sort enfin de l’eau et ç’a l’air d’une cage à… aucune idée. C’est plus petit qu’une cage à homards, langoustes ou même écrevisses. Je vous laisse deviner. Laissez-moi savoir si vous savez SVP.

Hhmmm… Pêche à quoi?
En sortant du pont, un couple me demande si j’ai besoin d’aide pour trouver l’auberge locale ou si je continue? Je continue, muchas gracias. Ç’a l’air de rien mais c’est en fait très apprécié quand des gens locaux aident à trouver les hébergements. Les cartes ne sont pas toujours très précises et il existe encore plusieurs endroits, dont certaines des auberges pour pèlerins, qui n’y sont juste pas encore indiqués.
Je retrouve ma flèche à la sortie du pont, ça c’est toujours un soulagement. On s’attache vite à ces petites marques qui nous indiquent qu’on est bien sur le bon chemin et non en train de faire avaler des km inutiles à nos bottes.

Mais ce n’est pas seulement par souci de rapidité. Ces flèches et ces coquilles stylisées symbolisent la continuité de l’appel. L’appel à “aller vers” qui tiraille nos tripes bien longtemps avant le départ. Contempler marcher vers Compostelle fait rêver. Pourquoi part-on? Pour répondre à l’appel d’abord puis une autre raison qu’on se donne ensuite pour avoir l’air important. Ce n’est qu’en marchant que la vraie raison surgit. Si vous ressentez l’appel, c’est qu’une raison vous attend. Buen Camino?
Puis la montée commence. Ouf. Encore plus à pic qu’hier. Si la Côte d’hier méritait un C majuscule, cette montée mérite bientôt un M majuscule. Petit pas après petit pas, je me retrouve assez rapidement en campagne et, chose cocasse, les petits chiens jappeurs derrière les grilles font place aux coqs coqueriquant (bon terme, j’ai cherché!) derrière les grilles. C’est drôle en fait, j’ai l’impression de réveiller une basse-cour après l’autre.
J’arrive en début d’après-midi à Miño mais n’y trouve pas de miñous malheureusement. Peut-être parce qu’ils se nomment gatos dans ce coin du monde. Je trouve un bon resto cependant, et l’aubergiste a ce qu’il faut pour étamper ma crédenciale, yeah. Même si j’arrive un peu tard, n’oublions pas la siesta, il accepte gentiment de me servir mon plat préféré, la salada mixta. Salade mixte mais combien nourrissante avec laitue, tomates, épinards blancs, thon, oeufs et goberge aujourd’hui. Et huile d’olive, vinaigre de cidre, sel et pain bien sûr. Délicieux.

Repas typique de mes pèlerinages, avec bâtons jamais bien loin bien sûr
Là je suis rendue à peu près à mi-parcours de ma journée d’une vingtaine de km et l’après-midi s’annonce aussi intéressant verticalement que le matin. Bon… on s’habitue. Les conditions sont idéales pour marcher en fait et les gros nuages qui cachent le chaud soleil décident de conserver leurs gouttes. Bonne chose.
Quelques km plus tard, j’arrive à une auberge avec une grosse pancarte du Camino qui indique que les crédenciales peuvent être étampées à cet endroit. Ça c’est très gentil car on a besoin de deux étampes par jour et ce n’est pas toujours évident de trouver celle du midi. J’ai déjà celle de Miño et vais sans aucun doute obtenir ma 2e à l’hébergement ce soir mais j’entre quand même et ressors rapidement avec une belle et grosse étampe qui couvre deux cases 😊 Gros sourire. Ah, les petits bonheurs du Camino.
J’arrive enfin à Bezantos et la flèche jaune m’indique de passer sous une porte dans un très haut mur de fortification. Très impressionnant comme arrivée. Puis c’est le zig zag des vieilles villes fortifiées qui commence et j’arrive finalement à la place principale, qui grouille de monde. Des touristes, pas des pèlerins. Fait à noter, je n’ai vu aucun pèlerin ni hier ni aujourd’hui. Étrange. C’est vrai que je loge hors des auberges mais c’est quand même remarquable. La situation devrait changer demain. J’ai une journée de 30 km et la destination est une pension; il n’y a pas d’hôtels, le Chemin pique définitivement dans les terres. J’étais un peu inquiète par rapport à demain soir car il n’y a pas grand chose sur internet et l’autre hébergement après se trouve 24 km plus loin donc à 54 km d’où je suis. Hhmmm… C’est alors qu’entre en jeu Adriana, réceptionniste pour mon hébergement de ce soir. Tout en m’enregistrant, elle me demande si je quitte le lendemain. Oui. Elle m’indique alors qu’il n’y a que deux endroits de ravitaillement demain, aux km 12 et 18, puis plus rien avant 28 km. Bon, c’est excellent à savoir. Elle me conseille alors où coucher, yeah!, et comme ce n’est pas sur internet, elle offre d’appeler et faire la réservation pour moi. Ça, c’est vraiment, extrêmement, hyper gentil! Mon inquiétude s’est envolée d’un coup. Il ne reste qu’à marcher 🙂 30 km. Dans la pluie. Mais c’est mieux qu’au gros soleil!!!

Même plant, deux fleurs complètement différentes. Wow…
Les sens des pas
Vue: L’océan qui s’éloigne de plus en plus
Odorat: L’alléchante odeur d’oranges en passant à côté d’une usine de jus d’oranges. Et le champ de poireaux qui me fait penser à la soupe aux poireaux de mon enfance
Goût: La salada mixta de ce midi
Ouïe: Le coqueriquement des coqs derrière leur clôture
Toucher: Les ronces qui me grafignent les jambes en bordure de la route
L’essence des pas
La gentillesse. Génératrice de paix par excellence. J’en ai été gratifiée de multiples façons aujourd’hui et j’en ai le coeur léger.
petit manteau orange fluo