un pas à la fois… un pas à la foi

Arménie 7 – Monastères, paysages époustouflants et… panne

 

Aigle qui plane, qui joue…

La journée débute, et se poursuit longuement en fait, de façon innocente. Nous assistons d’abord à la messe dans le réfectoire du magnifique monastère d’Haghartsine…

De toute beauté. Le monastère date du 13e siècle et le nom veut dire “aigle qui plane, qui joue” et bien qu’on n’aperçoive pas d’aigles ce matin, il est facile de les imaginer s’amusant entre les parois montagneuses qui encerclent la communauté. On apprend que c’est un mécène musulman qui, après avoir visité le site, l’a tellement apprécié qu’il a fourni les fonds pour leur rénovation. L’endroit est vraiment très paisible. Quelques personnes en profitent pour acheter des souvenirs et il y a de superbes crèches en particulier.

On s’embarque alors pour une longue route vers Haghpat, tout près de la frontière avec la Géorgie. Il y a de la construction sur la route principale et on doit emprunter les routes secondaires. Avec leurs nids d’éléphants. Notre chauffeur est franchement hyper habile à ajuster la vitesse pour ne pas qu’on se cogne la tête au plafond et manoeuvrer en zig zag pour s’assurer qu’on demeure sur quatre roues. Nos estomacs le sont moins et on devient un peu plus blancs. Heureusement, la route s’améliore après environ une heure et on est plus apte à admirer les paysages spectaculaires qui nous entourent.

Les montagnes sont séparées de larges vallées creuses, vertes, sans arbres et on voit loin. Ça me fait penser aux images que j’ai vues de la Mongolie en fait. Les montagnes se rapprochent peu à peu cependant et on est éventuellement effleurés par des ravins assez spectaculairement profonds à gauche puis à droite. Certaines personnes deviennent alors un peu plus vertes et c’est avec soulagement qu’on arrive au resto après deux heures et demie de cavale. Notre chauffeur est notre héros. Il le deviendra encore plus un peu plus tard.

Le premier monastère de l’après-midi est celui d’Haghpat. Bâti par une reine autour de l’an 976 comme don à un de ses fils (elle en avait deux et a fait bâtir un autre monastère pour son autre fils), j’aime son cadre au milieu d’une colline et son imposant khatchkar montrant le Christ crucifié, une rareté dans la christologie arménienne. C’est très serein et les chants des oiseaux m’accompagnent dans une belle méditation.

Sanctuaire de l’église d’Haghpat

Notre route ébouriffante se poursuit ensuite vers Achtala, monastère-forteresse aux superbes fresques qui démontrent un peu de l’art byzantin et de l’art géorgien. Le lustre est également superbe, c’est le premier que j’observe avec des couleurs aussi vives. Il y a des bâtiments souterrains dont le toit est effrondré et on doit faire attention à ne pas y tomber! Chez nous, ce serait encadré d’une lourde chaîne et l’accès serait probablement interdit. Ici, on regarde où l’on va et on peut toucher. J’aime.

On reprend la route et s’installe confortablement pour le trajet sinueux qui nous ramènera à l’hôtel vers les 20h. On est encore sous le charme de ce qu’on a expérimenté dans la journée et une certaine torpeur heureuse nous habite. Puis on arrête pour faire pipi. Détail qui semble futile et même déplacé mais qui jouera un rôle important sous peu. En effet, à seulement quelques km plus loin, notre chauffeur est contraint de se tasser sur le bord de la route derrière une dizaine d’autres voitures. On est dans une côte, il n’y a pas vraiment de chemins plats ici, donc on ne voit pas immédiatement la raison du délai. Puis on l’aperçoit. C’est un autobus, complètement en travers du chemin, qui ne semble pas avoir négocié un virage qui monte comme il l’aurait fallu. Hhmmm.

L’arrière du véhicule touche par terre et tout mouvement vers l’avant est impossible. Tout mouvement vers l’arrière entraînera une chute dans un précipice. Une chance qu’on est bien repus car l’attente sera longue. Une chance qu’on soit allés au petit coin quelques minutes plus tôt, pour la même raison. Une malchance aussi cependant car on aurait évité cette situation si on était passés quelques minutes plus tôt. Ah, c’est pas grave. Ça fait partie de l’aventure. Je demande si c’est possible de prendre une autre route et la réponse est positive mais il faudrait traverser l’Azerbaijan. OK, on va se garder une petite gêne et être patients. Ça fait partie de l’Aventure.

Il y a à peine assez d’espace pour qu’une petite voiture se faufile mais c’est évident que notre bus est trop large. Les petites voitures cependant, sentant leur liberté, se dirigent tant bien que mal vers l’attroupement et klaxonnent à qui mieux mieux pour se frayer un chemin. Une route qui est déjà étroite pour deux voitures en supporte maintenant trois de large. Je pense comprendre pourquoi il n’y a pas souvent de ligne médiane sur les routes ici. Elle est superflue à cause des nids d’éléphants mais ne fait juste pas partie des moeurs locales. Ce serait un gaspillage de peinture.

Les odeurs de diésel se mélangent maintenant aux bruits des klaxons et même si tout va bien de notre côté, on réalise que le confort auquel on est habitué peut s’évanouir rapidement. Les hommes tentent de bouger l’autobus à bras mais c’est peine perdue. Les autres chauffeurs d’autobus analysent la situation aussi mais l’immense véhicule est buté. Notre guide arménienne n’y tient plus après 90 minutes et appelle des taxis. Notre pauvre chauffeur en sera quitte pour nous rejoindre quand ce sera possible. Puis, au bout de deux heures, le miracle. L’autobus a bougé. A-t-il bougé? Oui, oui, il a bougé! Eureka! Un des chauffeurs a réussi à manoeuvrer le mastondonte, quelle joie!!! Les taxis sont décommandés puis on reprend la route rapidement. Ouf.

Notre chauffeur devra manoeuvrer les nids d’éléphants de noirceur maintenant cependant et il le fera de main de maître. Nous arriverons à l’hôtel passé 22 heures mais combien soulagés. On n’est pas prêts d’oublier cette aventure.

Les sens des pas aujourd’hui:

Vue: Les magnifiques paysages.

Ouïe: Les klaxons des véhicules qui tentent de se frayer un chemin dans une mer de monde, autres autos, arbres…

Odorat: Le diésel suffocant des voitures qui attendent à côté de notre bus.

Toucher: Les mouchoirs. J’ai un rhube.

Goût: La crème glacée au dîner 😊

L’essence des pas: L’importance de l’attitude devant les imprévus.

petit manteau orange fluo

 

2 thoughts on “Arménie 7 – Monastères, paysages époustouflants et… panne

  1. Sylvie Bossé

    Chère Geneviève,
    Ton blog combien captivant, précis et touchant me permet de revivre l’Arménie encore une fois comme si j’y étais… Quel cadeau généreux tu nous offres! Grâce à toi, une autre journée pa faite! Mon coeur vibre, mes yeux se régalent et mon âme est comblée. Ton partage est beau comme les oiseaux et exquis comme les gatas du pays de mes ancêtres. Merci à toi… et bonne route sur le Chemin.
    Sylvie

    1. PMOF Post author

      Ah, ma merci chère co-pèlerine des plus hauts sommets 😊 Quels beaux souvenirs je garde des pas que l’on a posés côte à côte!
      Geneviève

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