Ah que la gentillesse fait chaud au coeur… Je termine d’écrire Arménie 7 un peu tard ce matin et suis pressée pour le déjeûner. Je cours ramasser ce qui peut l’être au resto à 2 minutes du départ et suis attendrie par l’empressement de Tigran, maître d’hôtel ce matin, à chercher rapidement tout ce qui pourrait entrer dans le petit sac brun qu’il me fournit 😁
Nous commençons la journée avec une visite du quartier historique de Dilidjan. Les maisons sont à deux ou trois étages, en pierre, et ce qui les distingue particulièrement est des balcons de bois, ornés de frises révélant une influence arabe. Vraiment de toute beauté. Nous avons quelques minutes pour déambuler et finissons tous par retontir à l’atelier de l’ébéniste. Ses oeuvres sont vraiment superbement détaillées et quelques personnes en profitent pour acheter des souvenirs. Les lettres de l’alphabet arménien étant différentes des nôtres, la première lettre du nom est populaire. Nous aurions aimé visiter l’atelier du céramiste mais il est fermé, comme plusieurs commerces, car c’est férié aujourd’hui, en commémoration de la victoire arménienne à Chouchi en 1992.
En retournant à l’autobus, une co-pèlerine et moi remarquons un imposant khatchkar et prenons de longues minutes à l’admirer. Puis on entend des chants comme en sourdine… C’est difficile de savoir leur provenance et on regarde à gauche, à droite, en bas dans la basse-ville… pour découvrir finalement que ça émane du bâtiment juste à côté de nous. Les fenêtres sont drapées de rouge de l’intérieur, ce qui nous empêche de voir mais on fait le tour et tombe finalement sur une porte, qu’on entrouvre délicatement. On dirait que ce sont des chants liturgiques. C’en sont 😊 C’est la 2e messe arménienne non prévue qui se place sur notre chemin. Comme on est en train de se demander si on peut entrer, quelle n’est pas notre surprise d’apercevoir notre guide arménienne nous ouvrir franchement la porte de l’intérieur et nous indiquer de pénétrer.
C’est une petite église, toute drapée de rouge, et il y a deux personnes dans l’assemblée et un seul prêtre. Beaucoup plus sobre qu’à Sevanavank mais avec autant d’encens. Les membres de notre groupe arrivent un à un et on comprend que notre guide essaye d’arranger que notre propre messe se déroule dans cet endroit tout de suite après. Le prêtre arménien termine la messe avec de nombreuses bénédictions, c’est le rite, puis donne l’accord final pour la nôtre. Yeah!

Notre église aujourd’hui
Marc-André devra chausser des pantoufles cependant car il est interdit de fouler le sol du choeur avec les souliers. Nous célébrons donc la messe dans ce remarquable sanctuaire et repartons inspirés par l’ouverture oecuménique du prêtre arménien.
On poursuit vers l’est et retrouvons le lac Sevan, d’un beau vert-bleu aujourd’hui. De nouveau, c’est agréable de retrouver un endroit familier. Cette fois, c’est le monastère de Hayravank qui nous ouvre ses portes, aux sculptures étonnantes, par lesquelles on s’engouffre avec soulagement car le vent hurle au point que nous avons de la misère à avancer. Une chance qu’on mange bien, il ne faut pas être trop léger dans ces conditions 😊 L’intérieur de la coupole est également digne de mention et fait penser à un diamant.

“Diamant” du monastère d’Heyravank
Nous poursuivons bientôt notre route pour Goris, et quelle route. Je suis contente de ne pas conduire! Pas à cause des nids d’éléphants, cette route-ci est beaucoup mieux, mais parce que les montagnes qui nous entourent sont de plus en plus hautes et leurs sommets de plus en plus enneigés. C’est époustouflant de beauté. On apprend qu’on suit par endroits l’ancienne route de la soie entre la Chine et l’Europe. On aperçoit d’ailleurs des tronçons d’une route beaucoup plus vieille à nos côtés à l’occasion et c’est fabuleux d’imaginer qu’on regarde les mêmes paysages que les caravaniers d’antan. Ce devait être toute une expédition car on va d’un virage en épingle à un autre, montant puis descendant les flancs escarpés qu’on traverse. On passe deux cols, celui de Selim à 2400 m et celui de Borotan à 2344 m. Entre les deux, on arrête quelques minutes au caravansérail de Selim, qui date de 1324. Très intéressant mais nos yeux ne peuvent rester loin des montagnes pendant longtemps; on retourne vite à l’extérieur.
Notre prochain arrêt est un cimetière, “orné” d’entre 700 et 900 khatchkars, ces stèles de pierre arborant une ou des croix détaillées. Ce qui est impressionant est qu’ils font tous face du même côté. Les morts sont enterrés pour regarder l’est lorsqu’ils vont se relever (direction du lever du soleil, de la résurrection) donc la tête à l’ouest. Les khatchkars sont orientés pour faire face aux morts donc vers l’ouest aussi. Si vous en avez perdu le nord, ne vous en faites pas… Il y a un ensemble de khatchkars qui a été sculpté pour symboliser le mont Ararat. C’est très joli.
Nous arrivons en fin de journée à Goris et la luminosité est parfaite pour visiter les cheminées de fées donc on s’y dirige immédiatement. Ces formations géologiques sont connues en Turquie mais il y en a de beaux specimens ici aussi.

L’Arménie aussi a ses fées
Notre regard est hypnotisé par ces formations et il s’en faut de peu pour que quelques unes d’entre nous s’évadent quelques heures pour jouer à la cachette avec les fées. Mais bon, le souper nous appelle, ce sera pour une autre fois…
Les sens des pas:
Vue: Les montagnes de ce coin de pays.
Ouïe: Les chants du prêtre arménien.
Odorat: L’encens durant la messe arménienne.
Toucher: La douceur des pantoufles achetées à une paysanne au cimetière des khatchkars.
Goût: Mon vulgaire sandwich de ce matin confectionné à la hâte mais qui goûte bien meilleur à cause de la gentillesse de Tigran.
L’essence des pas: Entendre notre guide arménienne partager son intention de prière pour les militaires de son pays.
petit manteau orange fluo