un pas à la fois… un pas à la foi

Santiago 4 – Visite spirituelle (2e partie)

Puis c’est le pèlerin de la nuit qui nous attend…

Le pèlerin de la nuit est visible dès le crépuscule, dès qu’il fait assez sombre pour que les lampadaires soient allumés en fait, et il est créé par l’ombre de la petite tour près du mur. C’est saisissant! Plusieurs légendes ont surgi bien sûr, dont celle du pèlerin dont la bien-aimée est entrée en son absence chez les bénédictines, dont le monastère surplombe la Praza. Il ne peut que continuer à marcher… Quelle serait votre légende?

La tour de l’horloge nous surplombe au coin des Prazas das Quintana et Praterías (autres artisans de métal précieux, de l’argent cette fois).

Superbe tour de styles gothique et baroque, aussi nommée la Berenguela en l’honneur de l’archevêque Berenguel de Landoira qui la fit fortifier. Son cadran n’a qu’une aiguille, celle des heures. En entrant dans la cathédrale, comme en pèlerinant sur le chemin d’ailleurs, le temps perd de son importance…

Puis, après avoir contourné la tour, c’est la façade sud qui nous domine. Étrangement hétéroclite, elle rassemble des sculptures recyclées d’autres endroits de la cathédrale qui ont dû être déplacées au fil des rénovations. Les couleurs des pierres et des marbres sont parfois très contrastants et ceci rend les détails plus faciles à discerner du coup. Voici un des éléments les plus intéressants de la façade:

Juste au-dessus des deux bêtes qui font face chacune de leur côté se trouve un chrisme. Ce terme vient de la représentation des deux premières lettres du mot Christ en grec, qui ressemblent à notre P croisé d’un X, entourées d’un cercle. Les lettres alpha (à gauche) et oméga (à droite) y sont souvent ajoutées, signifiant le Christ comme commencement et fin. Regardez bien la photo cependant. Les lettres alpha et oméga sont inversées ici. Qu’en conclure? Certains disent qu’à la fin du pèlerinage, on repart vers notre point d’origine transformés par le Christ. De la fin, on retourne vers le début. D’autres avancent que l’écriture de la langue maternelle de l’ouvrier allait de droite à gauche. Tentative de dialogue interreligieux?

On descend ensuite des marches pour se retrouver devant la plus grosse coquille de la cathédrale:

Impressionante, c’est une voûte inversée qui supporte toute la portion de bâtiment qui la domine. Elle présente trois composantes à notre regard: la croix de St-Jacques vers le haut, les lattes de la coquille, qui celles-ci se dirigent vers la perle tout en bas, clef de la voûte.

La croix de St-Jacques est bel et bien une croix, pas une épée. C’est une croix de chevalier, dont l’aspect pointu de la base est conçu pour permettre au chevalier de la planter dans le sol pour pouvoir s’agenouiller devant et faire ses dévotions. Les extrémités des bras sont des fleurs de lys symbolisant la pureté et la chasteté et l’extrémité du haut est un coeur inversé symbolisant l’amour.

Les différentes lattes, selon certains, symboliseraient les chemins menant à Santiago. Elles sont de différentes couleurs, provienant de différentes régions, tout comme nous.

Puis la perle, tout en bas… Fruit de la transformation du grain de sable en quelque chose de grande beauté qui devient clef de voûte. Cette coquille illustre superbement ce qu’est le pèlerinage.

Et voilà, la visite se termine ainsi avec cette magnifique matière à réflexion. Mais, direz-vous, tu n’as pas parlé de la façade ouest, celle qui abrite le Porche de la Gloire! Eh non… Je le ferai quand je l’aurai vue, en 2021 ou 2022 quand les rénovations seront terminées! La patience est une vertu. Je la cultive.

Je vais quand même mentionner la Praza do Obradoiro, dominée par l’imposante façade de la cathédrale. Trois autres bâtiments importants la bordent, ayant fait de celle-ci le centre névralgique de la Galice pendant longtemps. L’Hôpital des rois catholiques (fondé par Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon au 15e siècle) représentant la royauté et la bourgeoisie (c’est maintenant un hôtel de luxe), le palais du gouvernement et l’université. Les quatre pouvoirs réunis. C’est la cathédrale qui est la plus haute en passant.

Cette Praza est toujours un centre important de rencontres et les pèlerins continuent à y crier et chanter leur joie d’être arrivés à destination, probablement comme tous les pèlerins, quelle que soit l’époque. Une atmosphère de fête est entretenue par troubadours, mimes et amuseurs de toutes sortes. Une bande à ne pas manquer s’approprie l’entrée du bâtiment du gouvernement tous les soirs et leur énergie est contagieuse. Je vous les partage, écoutez jusqu’au bout!

Les sens des pas

Vue: Les toiles bleues de la façade qui cachent la statue de St-Jacques

Odorat: Le parfum des fleurs du marchand ambulant

Goût: La crème glacée au chocolat et à la menthe de la crèmerie en haut de la Rúa da Acibechería

Ouïe: La musique des joyeux troubadours sous le porche de la bâtisse du gouvernement

Toucher: La dureté du sol devant la cathédrale quand on s’y couche… C’est que la cathédrale donne l’impression de nous tomber dessus sous cet angle. La plupart des pèlerins le savent et s’y couchent.

L’essence des pas

Quels fruits sont en train de mûrir?

petit manteau orange fluo

 

2 thoughts on “Santiago 4 – Visite spirituelle (2e partie)

  1. Erwan Robet

    Tu as fait un travail fantastique et je t’en remercie vivement.Cela complète mes informations.C’est une véritable méditation ! tes commentaires éveillent en moi beaucoup de souvenirs mais aussi des questions d’ordre spirituels.Erwan

    1. PMOF Post author

      Ah, merci beaucoup du commentaire Erwan, cher collègue accueillant. Toute une expérience que nous avons vécue n’est-ce pas?
      Bonne fin d’été!
      Geneviève

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