Eh bien c’est reparti, un pas devant l’autre vers St-Jacques. Ferrol a le tour de ne pas se faire oublier et souligne mon départ avec rien de moins qu’une salve royale d’armes à feu militaires.
Bon ce n’est pas une salve royale mais ç’a en a l’air. C’est que le Camino borde des installations militaires pour un bon bout de temps à la sortie de Ferrol et il doit y avoir un exercice en cours car les coups de feu ont retenti jusqu’à tard dans la nuit et débuté tôt ce matin. C’est surprenant car on est dimanche et à part le bruit des armes, tout est silencieux et les rues sont désertes.
Je m’engage sur le pont qui surplombe la rivière Ferrol et aperçois le premier clin d’oeil de la journée, une série de sculptures de pierre alignées les unes à côté des autres. Le sculpteur des rapides de Remic à Ottawa a de la parenté en Galice apparemment.

À quand la marée haute? Il fait chaud!
Elles sont un peu plus surprenantes qu’à Ottawa car à marée haute, j’imagine que celles le plus vers la rivière sont de plus en plus submergées… drôle d’image. Ah, quelque chose que je n’avais pas reniflé depuis longtemps commence à s’infiltrer dans mes narines. Plus j’avance, plus l’odeur de la mer se fait présente et s’intensifie. J’aime beaucoup.
Je l’aperçois la mer, elle est juste là, à l’embouchure de la rivière à quelques km en aval. C’est en fait la fin du golfe de Gascogne, juste avant que les eaux ne deviennent officiellement l’océan Atlantique. Je suis rendue presqu’à la pointe nord-ouest de la péninsule ibérique et très bientôt, demain en fait, le chemin va bifurquer vers l’intérieur pour prendre un cap direct vers Santiago.
Le paysage est très différent de celui du Chemin des Français et c’est sûr que la présence de l’eau apporte une beauté méditative très agréable. La proximité de l’océan rend l’air plus agréablement humide et… plus frais aussi, à mon grand soulagement. J’ai chaud à marcher en plein soleil à 26 degrés mais la meseta du Chemin des Français dépasse facilement les 30 degrés ces jours-ci et le vent du large n’est pas présent comme il l’est ici. Na na na na na na 😊
Bon je ne suis pas rendue à mi-chemin du pont que je dois relever la tête et éviter une canne à pêche qui bloque presqu’en entier le sentier pour piétons. Avec le vent, je garde la tête baissée pour ne pas perdre mon chapeau et en la relevant, j’aperçois une rangée de pêcheurs, séparés d’une cinquantaine de pieds les uns des autres, tous munis d’une impressionnante canne à pêche. C’est que la rivière est quand même assez loin en bas donc leur fil est looooong et j’imagine qu’ils doivent avoir une solide canne pour supporter un plus gros moulinet? En tous les cas je suis heureuse de ne pas m’être enfargée dans un de leurs instruments même si j’ai l’impression que c’est moi qui aurais pris une débarque et non la canne. Bon, je continue. Un des pêcheurs me salue et j’apprécie toujours cet intérêt, simple, pour un étranger. Je n’ai commencé à marcher que ce matin mais quand ça fait plusieurs jours que les pieds font leur va-et-vient et que le coeur fait de même entre la contrée foulée et la maison, cette petite reconnaissance fait du bien. Dernière anecdote, la queue de la rangée de pêcheurs est occupée par un homme plus âgé, accompagné d’un jeune garçon et ça fait sourire de les regarder, l’un enseigner, l’autre apprendre. Les yeux du jeune sont tout grand ouverts, le coeur du plus âgé l’est tout autant. C’est la transmission d’un héritage immatériel que l’argent ne peut acquérir et donc d’une grande richesse. Je les passe en souriant.
En quittant le pont, je me retrouve à Fene. Petit village qui m’accueille en m’offrant une belle côte à monter. Le son de cloches d’église me donne du pep mais elles s’éteignent avant que je n’ai pu localiser leur provenance. J’aimerais assister à la messe aujourd’hui et j’ai aussi besoin d’une étampe de mi-parcours dans ma crédenciale. Théoriquement, je n’en ai besoin qu’à l’intérieur des 100 derniers kilomètres et je ne suis pas tout à fait rendue là mais juste pour être sûre… La religieuse au bureau des pèlerins à Santiago a la réputation d’être pointilleuse donc je préfère ne pas avoir à discuter de distances géographiques avec elle et je cherche une étampe. Je dépasse commerce fermé après commerce fermé, dimanche oblige, puis je souris en m’apercevant que les terres-pleins entre les rues perpendiculaires sont d’un vert parfait et… sont en fait en gazon synthétique. Jamais vu ça dans une ville. Peut-être y a-t-il plusieurs amateurs de mini-golf à Fene? Les choses qui nous font sourire quand on voyage…
Ah, les cloches sonnent de nouveau, yeah! Et j’aperçois justement d’où ça vient, une petite église de coin de rue dont la barrière est ouverte, youppi. C’est l’église de la Parroquia de San Salvador. Ce n’est pas grand mais c’est plein à l’intérieur! Je dépose doucement mon sac à l’arrière et la chaleur me fait rapidement enlever ma chemise. C’est alors que je me rends compte que “l’embouchure” de mon sac à eau a commencé à couler et le côté droit de ma chemise est détrempé. Quelques personnes jettent un regard amusé et semblent se dire que je dois venir d’un pays où il fait pas mal froid pour suer ainsi quand il ne fait pas encore 25 degrés. En fait, pas besoin de cet effort de déduction de leur part, la blancheur de mes bras avec la rougeur de mon nez reflètent assez le drapeau national pour qu’ils comprennent que je vienne du Canada, LOL! J’ai l’air d’un béluga qui s’est égaré. Bon eh bien je suis contente d’assister à la messe et j’obtiens ma précieuse étampe après.
Je reprends la route et la côte du début devient la Côte avec un grand C. Je pense que je monte sans arrêt pour 7 ou 8 km. C’est peut-être la chaleur qui me fait voir ça pire que ce n’est en réalité, et le fait que je ne me sois pas sérieusement entraînée en près de deux mois mais en tous cas les petits pas à fréquence pas trop rapide deviennent rapidement nécessaires. À une intersection, une dame dans sa voiture m’indique que je devrais prendre à droite. Je m’arrête pour consulter la carte après son départ et la direction qu’elle m’indique ajoute en fait plusieurs km à mon trajet. Hhmmm… Je garde le cap. Peut-être était-elle éblouie par ma blancheur et voulait-elle m’offrir la possibilité de bronzer un peu plus? LOL! Je continue ma montée, qui enfin s’aplanit, et admire le paysage de la mer sur ma droite.

Elle est là, tout près!
J’ai le plaisir de réveiller petit chien après petit chien au fil des maisons que je dépasse et tous semblent prendre plaisir à me chanter la pomme le temps de quelques pas. Mais où prennent-ils donc une telle énergie dans cette chaleur? Surprenant. Eh bien les côtes ont ceci de bon, elles annoncent habituellement une descente. Pas d’exception cette fois non plus et j’amorce une longue descente vers Cabañas qui va me mener sans autre anecdote vers mon hébergement pour la nuit. Grand luxe sur le Camino, il y a une piscine 😁 J’y vais sous peu.

Céramique de façade de maison, entre deux petits chiens…
Les sens des pas
Vue: La mer… qu’on voit danser, le long, des golfes clairs…
Odorat: Les effluves de l’océan en traversant le pont entre Ferrol et Fene
Goût: Mon morceau de chocolat à la pause de l’après-midi
Ouïe: Le chant de communion très émouvant à la messe, entonné par les femmes espagnoles
Toucher: La poignée de main ferme des hommes à côté de moi lors de l’échange de la paix à la messe
L’essence des pas
La transmission des savoir-faire, des savoir-être, héritage immatériel de grande valeur… C’est planter des graines d’espérance.
petit manteau orange fluo
Comme je suis contente de te retrouver dans tes récits de voyage si intéressants….Bonne route!
Merci chère Claudette!
Une pensée pour toi, Gilles et la famille lorsque j’arrive à Santiago demain.
Portez-vous bien,
Geneviève