un pas à la fois… un pas à la foi

Chartreuse de Sélignac 2 – La solitude

La voie cartusienne nécessite mais fait aussi naître silence, solitude et communion (de solitaires!) Concernant la solitude, la littérature parle de trois clôtures. J’en liste cinq pour ma part:

  • La clôture naturelle – la Chartreuse est isolée dans la forêt
  • La clôture du monastère
  • La clôture du cloître (une des miennes)
  • La clôture de la cellule
  • La clôture du coeur (l’autre qui est mienne)

Le trousseau qu’on m’a donné à l’arrivée compte les clés du monastère, du cloître et de la cellule. Il manque celle qui ouvre mon coeur. Est-ce moi qui l’ai ?

Porte du grand cloître avec sa serrure chartreuse

Ce qui distingue le religieux cartusien de tout autre religieux contemplatif est essentiellement la solitude. Saint Bruno et ses six compagnons originaux ont voulu faire revivre la spiritualité des Pères et Mères du Désert (l’Ordre a été fondé en 1084, il y a 939 ans). Les Chartreux et moniales chartreuses (qu’on appelle aussi Chartreusines) passent donc l’essentiel de leur journée dans le silence de leur cellule et réduire ainsi les sources de distraction le plus possible facilite leur écoute et leur lien avec Dieu.

Une antique sentence d’Abba Moïse, un Père du Désert, reprise par l’Imitation de Jésus-Christ en témoigne bien : « Reste assis dans ta cellule, elle t’enseignera tout ».

Silence. Solitude. Communion.

La cellule est immense cependant. C’est un ermitage en fait. Ma cellule a au moins trois fois la superficie de mon chez-moi habituel. C’est une maison avec quatre vastes pièces, sur deux étages, et un jardin. Il y a divers lieux de travail et de loisir et la pièce principale est le cubiculum, où je passe la majeure partie de mon temps. Elle comporte un lit, un bureau de travail, un coin pour manger, un coin de prière, un cabinet d’aisance et un poêle à bois, LA source de bruit que je recherche.

Le feu

Mon cubiculum est maintenant trop chaud. Ça n’a pas commencé ainsi. Je n’ai pas eu besoin de chercher un réfrigérateur pour conserver le petit peu de nourriture que j’ai apporté, ma cellule EST un réfrigérateur. Ils sont bien beaux ces monastères tout en pierres mais ils sont aussi bien froids l’hiver.

Le feu est parti au 2e essai le matin où j’ai dû l’allumer par moi-même. J’apprends maintenant à gérer mon feu. C’est rassurant un grand feu tout fulgurant mais c’est un peu un gaspille. J’apprends la stratégie alliant tirant d’air, grosseur de bûche et position pour garder un feu efficient. Ah, l’efficacité, l’efficience ! La spiritualité cartusienne m’apprend qu’elle est secondaire, bien secondaire, pas vraiment importante en fait, par rapport à ma relation à Dieu. Très bonne source de réflexion.

Beauté simple, simple Beauté

Ça prend quand même une bonne quantité quotidienne de bûches pour me garder confortable.  Ma vie physique a un coût. On dit que ma vie éternelle aussi.

Les sens des pas

  • Vue : Les flammes réconfortantes derrière la grille de mon poêle
  • Ouïe : Le ronron du poêle bien chaud
  • Odorat : Les différentes odeurs des bûches, selon leur essence
  • Goût : L’incroyable gâteau au chocolat du repas de 12h30
  • Toucher : Les différentes rugosités des bûches, selon leur essence

L’essence des pas

Quelle est ma stratégie de feu intérieur ?

Vitrail de feu

pmof

4 thoughts on “Chartreuse de Sélignac 2 – La solitude

  1. Louise Bénard

    En te lisant, je ressens vraiment la solitude qui se dégage de cet endroit. Ce n’est pas pour tout le monde, mais je respecte le choix de chacun. Heureusement qu’il y a plusieurs chemins qui mènent á Rome.

  2. monique

    Quelle douceur dans tes mots et ton attitude…
    j’entends un accueil inconditionnel, ou presque… à vivre tout ce changement…
    Tu as toute mon admiration et en même temps je t’envie un peu malgré les ”malgrés”
    Je t’accompagne dans la prière matin et soir pas dans les complies ou les vêpres mais
    mais dans le confort de mon lit…Ça me fait réaliser que tout ce changement n’est pas dans la prière mais dans la forme de ce recueillement qui sollicite davantage à une conversation avec Dieu, à une intimité plus profonde avec Lui…
    Dans le fond c’est ce qu’on recherche une intimité en profondeur, un dialogue presque constant et senti ”deep inside” pas nécessairement dans la méditationou la contemplation, mais davantage dans l’offrande des prières sans attente…

    1. PMOF Post author

      Que ton message est plein de sagesse chère Monique… merci de l’avoir partagé. Je te garde aussi dans mes prières.

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