un pas à la fois… un pas à la foi

Auschwitz – Birkenau

Ajout du 21 avril 2021

J’ai découvert aujourd’hui que le Commandant principal du camp, Rudolph Höss, s’est repenti de ses crimes avant de mourir et a écrit une lettre d’excuses.

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Rudolf_H%C3%B6ss

Craignant la torture aux mains des gardes polonais lors de son emprisonnement après la guerre, il dit avoir plutôt expérimenté la gentillesse humaine pour la première fois de sa vie. Il a reçu l’absolution du prêtre jésuite polonais Władysław Lohn et le viatique (communion avant de mourir) des mêmes mains le lendemain. Il a été exécuté deux jours plus tard.

Article du 22 février 2020

Je débute cet article, pour la première fois, avant le début de la journée. Ça fait longtemps que je désire faire ce pèlerinage à Auschwitz, rendre témoignage aux victimes de la folie du côté sombre de l’être humain.

Je suis attablée devant le plus copieux des déjeûners, histoire de me donner des forces pour affronter les vestiges de l’horreur et je me suis ainsi délibérément assise en plein soleil, ce que j’évite normalement, mais je ressens le besoin ce matin de me baigner dans cette lumière, dans l’espoir, dans l’espérance. Bon, c’est le temps d’y aller. Le ciel est couvert, c’est morne, mais il ne fait pas trop, trop froid et il n’y a pas de neige au sol.

La visite débute à Auschwitz et notre guide nous fait passer de baraques en baraques. J’ai vu des photos – c’est très différent en personne. Si les dortoirs et les différentes salles expliquant le contexte des prisonniers et leurs conditions de vie nous frappent sérieusement dès le commencement, nous sommes carrément assomés par la chambre de suffocation, les chambres debout (où cinq hommes doivent passer la nuit dans un cachot qui semble à peine plus grand qu’un mètre carré, avec seulement une petite ouverture près du sol en guise de porte), la chambre de famine. Vraiment carrément assomés, on arrive au four crématoire et alors un silence nous envahit, intérieurement. Un silence d’univers devant l’échec. Judicieusement, notre guide nous offre une pause.

Puis c’est en route vers Birkenau à trois km de distance. Immense par rapport à Auschwitz, ce camp nous montre les ruines du processus au complet: Arrivée par wagons, triage (où 80% se font dire qu’ils vont se faire doucher), déshabillage, chambre à gaz puis four crématoire pour les 80%. Les autres sont jugés assez forts pour aider à l’effort de guerre et toutes sortes de tâches leur sont assignées, dont la participation aux atrocités sur leur co-religionnaires. La plupart ne survivent que trois ou quatre mois. Le silence devient assourdissant.

Un mot sur saint Maximilien Kolbe: Il s’est porté volontaire pour remplacer un homme désigné pour mourir et a été assigné à la chambre de famine. Il a survécu à cette dernière et a dû être assassiné par injection de poison au coeur. Un mémorial, tout simple mais extrêmement touchant, lui a été érigé dans la chambre de famine. Combien d’autres personnes ont fait comme lui?

Des mots ne peuvent rendre justice à ce lieu. Des images non plus. En ce jour où j’apprends les déviances d’un Jean Vanier, force m’est de constater que le combat est bel et bien intérieur et la responsabilité de le livrer, individuelle.

Les sens des pas

Vue: L’aveuglement du soleil au déjeûner / Durant la visite: Tout de ces deux camps mais particulièrement les visages des prisonniers dont les photos ornent les murs / L’imposition des mains du prêtre polonais sur les offrandes lors de la messe de 18h à l’église Sainte Barbara

Ouïe: L’accent de la dame à l’accueil du déjeûner au resto, qui révèle sa gentillesse / Le silence, assourdissant, des fours crématoires / Les paroles de consécration du prêtre lors de la messe

Goût: Les oranges coupées, particulièrement juteuses, du déjeûner / Je mange à la pause durant la visite mais ne goûte rien / Le bublik salé sur la Place Rynek Główny avant la messe

Toucher: La surface lisse de mon téléphone comme j’écris ces lignes / Les larmes sur mes joues, qui ne peuvent pas ne pas naître / La chaleur des chaufferettes à l’entrée de l’église

L’essence des pas

Répondre à cet élan intérieur / Le testament spirituel de Christian de Chergé / Les coquelicots du champ des Flandres

pmof

6 thoughts on “Auschwitz – Birkenau

  1. Jean

    Ta plume, si bien aiguisée, reflète à merveille tes pensées et tes états d’âme.

    Ton passage à Auschwitz t’a amené sur des chemins profonds, intenses et souffrants, nul doute. Et, par magie: tu as réussi à illustrer clairement ta quête de sens et de vérité, avec poésie et délicatesse.

    Merci et continue ta quête. Inspirant…

      1. Claudette Arsenault

        Comme j’étais contente de te lire…je viens tout juste de terminer :L’AUBE DE BIRKENAU ,Simone Veil raconte l’inimaginable à ces endroits que tu visites,le meilleur historien ou guide ne pourront raconter s’ils n’ont pas vécu cette affreuse période.

        J’ai visité ces lieux,il y a plus de vingt ans,inoubliable.

        L’homme peut faire de grandes choses mais aussi les pires…..la preuve.

        J’ai déjà hâte à la prochaine missive.Bon voyage.

        1. PMOF Post author

          Merci pour le message et la mention du livre de Simone Veil Claudette et bonjour à Gilles!

  2. Louise Benard

    Quelle triste épisode de l’hisoire humaine! Tu as un véritable talent à nous partager ce que tu ressens dans les moindres details lors de ton pèlerinsge à Auschwitz-Birkenau. C’est la triste réalité des faits qui ont marqué l’histoire de l’humanité. J’ai soif d’un monde où chacun a sa place, où chacun a de quoi se mourrir, où chacun met ses talents au service des autres. Un monde où règne l’Amour.
    Louise

    1. PMOF Post author

      Oui… Merci de ton message Louise et de ta si belle contribution à rendre ce monde meilleur. Geneviève

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