Je poursuis ma route d’exploration de Ste-Thérèse en prenant la direction du couvent de la Sainte pour la messe ce matin. Ce couvent est un monastère de carmes déchaussés et j’ai hâte d’entendre le chant essentiellement masculin.

Un vitrail dans un vitrail (!)
Le bâtiment date du 17e siècle et a été érigé sur le lieu de la maison natale de Thérèse expressément; c’est donc la première étape pour les pèlerins qui retracent sa vie de façon chronologique. Un excellent musée a été aménagé dans la crypte et une salle de reliques se trouve également tout près. C’est un des trois sites principaux ayant trait à Thérèse à Ávila, avec le monastère de l’Incarnation, lieu de sa profession et de son priorat et où elle a vécu 30 ans, et le couvent St-Joseph, sa première fondation.
J’arrive donc un peu d’avance pour la messe de 9h et j’ai quelques minutes pour admirer les vitraux. Ils semblent particulièrement bien situés pour cette période-ci de l’année et la lueur du matin les fait briller d’un éclat resplendissant dans un intérieur plutôt sombre par ailleurs. Voici un autre exemple, en plus de celui ci-haut:
La messe débute enfin et… là j’avoue éprouver une petite déception. Aucune voix masculine ne se fait entendre à part celle du prêtre et ce dernier semble totalement préoccupé par autre chose. C’est lui qui fait toutes les lectures et les textes sont parcourus rapidement et machinalement; ce n’est vraiment pas inspirant. Eh bien ça arrive. On a tous des journées où quelque chose nous préoccupe profondément et je ne suis pas là pour le prêtre de toute façon donc je passe outre et prie pour lui. Quand au choeur des moines en tant que tel, je manque de familiarité avec un monastère de carmes mais remarque qu’il n’y a pas de grille visible de l’intérieur de l’église. Je cherche un peu et découvre que la tradition chez les hommes semble plutôt pointer vers une célébration de l’eucharistie dans une chapelle au milieu des cellules, au lieu d’être un tant soit peu ouverte sur le monde laïc comme j’ai pu l’observer chez les moniales. Différence intéressante entre les hommes et les femmes.
Eh bien je poursuis mon exploration après la messe et suis une dame qui se dirige vers le court transcept nord pour y découvrir un petit jardin, apparemment à l’emplacement du jardin de la maison natale, avec une jolie sculpture de deux enfants.

Jardin visible de l’église et du musée
Il s’agit de Thérèse et son frère Rodrigue, dans une scène qui rappelle les moments où les deux enfants fomentent toute sorte d’histoires abracadabrantes, dont la plus célèbre demeure celle qui les voit franchir les murailles pour connaître le sort des martyrs. Elle a sept ans lors de cet épisode et Rodrigue est à peine plus âgé. Échouant dans ce projet, ils décident alors de se faire ermites! Ah ce jardin en a entendu de bien belles.
Tout près, une chapelle dédiée à Thérèse précède la chambre dans laquelle elle est née le 28 mars 1515. (Une plaque indique que Saint Jean-Paul II y est venu en pèlerinage en 1982, pour le 400e anniversaire de sa mort.) Il y a bassine et linges de sage-femme, etc. Je me rends compte qu’il y a vraiment beaucoup de détails, artefacts et documents écrits de toutes sortes, qui sont disponibles sur la vie de Thérèse. Elle est co-patronne de l’Espagne, avec St-Jacques le majeur et les Espagnols, particulièrement les Avilans ne sont pas que fiers d’elle, je pense qu’ils considèrent comme leur devoir de lui faire honneur et de perpétuer son message.
Je continue avec une visite du musée et l’abondance est confirmée. Il y a bulles épiscopales et bulles papales, papiers royaux et du Vatican, des exemples de traduction de ses écrits dans plusieurs langues, etc. Ça donne quand même une idée plus concrète de l’ampleur de ses activités. Elle en a dérangé du monde avec ses idées de réforme… C’est fascinant. Tout aussi fascinants, des articles de chambre et de vaisselle qui datent de la fondation du couvent St-Joseph sont également exhibés, comme de nombreuses représentations de l’épisode de la transverbération sur toutes les formes de médium disponible depuis cette époque.
Deux pièces attirent mon attention en particulier. La première est une réplique de sa cellule au couvent St-Joseph. Un lit, une croix, un crucifix, une petite table de nuit/bibliothèque qui peut contenir tout au plus une dizaine de bouquins, et un petit cube qui sort du mur à un demi-mètre du sol qui sert de table de travail. Pas de chaise; Thérèse écrit assise par terre. L’essentiel est là. L’autre pièce qui attire mon attention est une sculpture, source de conversion pour Thérèse elle-même alors qu’elle est encore au monastère de l’Incarnation. Il s’agit du Christ attaché à un pilier lors de la flagellation. La douleur de la compassion qui assaille Thérèse à sa vue lui insuffle l’élan nécessaire à une conversion encore plus complète, qui s’épanouit dans la réforme du Carmel. J’avoue que j’en suis saisie aussi. Les photos sont malheureusement interdites mais je ne pense pas pouvoir m’astreindre à la prendre de toute façon.
Je termine avec la salle des reliques. Parmi les plus spectaculaires: deux fragments d’os de Jean de la Croix et un doigt de Thérèse. Et son immense chapelet. Impressionnants mais je ne m’attarde pas. Ce musée est vraiment excellent pour donner une idée de l’ampleur de l’activité et de l’héritage de Thérèse. Elle est canonisée 40 ans après sa mort, délai très court à l’époque (en même temps que St-Ignace de Loyola mais lui est décédé depuis 66 ans et François Xavier, 70 ans dans son cas.) Elle fut et demeure une géante.
Les sens des pas
- Vue: La sculpture du Christ attaché à un pilier. Il est saisissant.
- Odorat: L’agréable odeur humide qui se dégage du jardin avec les sculptures d’enfant.
- Ouïe: Échanges en français au souper avec un groupe africain de passage à Ávila.
- Goût: Le poisson du souper. Il y a du poisson presque tous les jours; j’aime bien.
- Toucher: Je m’attendais à enfin savourer quelques gouttes de pluie sur ma peau mais non… les gros nuages ont gardé leur eau. Pas une goutte en 18 jours.
L’essence des pas
<<Un pas à la fois, un pas à la foi.>> Thérèse le démontre à merveille.
Clin d’oeil furtif de la journée

L’appel de la plaine à l’extérieur du couvent de la Sainte
petit manteau orange fluo
Genevieve,
Tes écrits me font vivre le voyage et connaître mieux ma sainte préférée. Et les photos alors!
Merci,
Élise
Merci pour ton message Élise,
Bienvenue et oui, je comprends que Ste-Thérèse soit ta sainte préférée; il y a des similitudes 🙂
Accolade mon amie,
Geneviève