Eh bien les 7 km s’avèreront plutôt une douzaine mais qu’à cela ne tienne, les conditions météo sont bonnes et c’est avec un grand sourire que, vers midi, je pose un pas devant l’autre en direction du village de Taizé.

Au revoir Cluny
Le sentier suit le parcours d’une ancienne voie ferrée et les branches des arbres des deux côtés en ont gardé la forme d’ogive. C’est très joli et j’arrive presque trop rapidement au panneau indiquant le village de Taizé vers 14h30. C’est à gauche et ça monte. Il y a des maisons mais ce n’est pas vraiment clair puis une pancarte rudimentaire indique la voie à suivre pour la communauté. On contourne les maisons, on prend à gauche et… c’est là.
D’autres panneaux tout aussi rudimentaires nous souhaitent la bienvenue, dans plusieurs langues, et une flèche pointe dans la direction d’une bâtisse nommée Casa. Je m’y dirige mais la porte est barrée et le sera jusqu’à 15h30 selon une note collée à la vitre. Hhmmm. Un autre monde semble m’ouvrir ses portes. Un monde où les priorités sont un peu différentes et qui privilégie la simplicité, la joie et la miséricorde. Bureau fermé? Pas de soucis. Ça me permet de savourer avoir le temps de jaser avec les autres qui attendent aussi. Tout simplement.
Nous sommes dirigés vers un autre endroit puis placés en petits groupes selon la langue. Mes compagnons proviennent de l’Afrique du Sud, de la Pologne et des États-Unis. On se fait expliquer le fonctionnement de Taizé, reçoit une carte des lieux et un pamphlet de réflexions ayant pour thème l’objet de mon séjour: Ensemble ouvrir des chemins d’espérance. Lors de l’assignation des chambres, j’apprends que je peux opter pour une chambre “de silence”. Nous sommes quatre femmes à le faire. Deux de mes compagnes sont Allemandes et la troisième est Française. Deux optent pour rester en silence tout le temps et une autre et moi pour le silence lorsqu’en chambre seulement. Ce sera une très belle expérience. Notre chambre a six lits superposés. Les toilettes et douches sont communes et se trouvent à l’autre bout de notre rangée de chambres.
La première activité est la prière en silence pour la paix à l’église à 18h30. Je m’imprègne avec joie du décor de flammes ascendantes, de bougies dans leur encadrement de terre cuite, d’icônes et de la croix en fer forgé, les mêmes qu’à Sacré-Coeur. L’église se remplit rapidement avec des gens de plusieurs couleur de peau, langue et pratiques culinaires différentes. De tous les âges aussi. Je pense que les plus jeunes ont 16 ans et la plus vieille faisait partie de mon premier groupe, une Américaine de 88 ans.
Les frères arrivent un à un dans leur robe/aube blanche et s’agenouillent au milieu de nous, dans une allée séparée de jardinières de buis. La prière pour la paix débute. Le silence du recueillement la facilite mais notre diversité aussi. On a déjà fait connaissance avec plusieurs autres personnes et nos sourires nous ont réconfortés et déjà ouvert des chemins d’espérance entre nous. Puis un chant débute. Da pacem… in diebus, en canon. Les vagues du canon atteignent immédiatement mon coeur, mon âme je dirais, et soulèvent mon esprit. Je n’en suis pas encore redescendue. Les paroles se traduisent par “Donne la paix, Seigneur, en notre temps”. Amen. Tout un début.

Les sens des pas:
Vue: Le décor familié de Taizé, mais “l’original” cette fois.
Odorat: Les odeurs de fleurs des champs en marchant entre Cluny et Taizé.
Goût: La boisson Orangina tellement rafraîchissante après ma marche, en attendant que Casa ouvre.
Ouïe: Le choeur des frères qui chantent Da pacem… in diebus.
Toucher: La dureté du sol dans l’église. C’est en ciment mais recouvert d’un mince tapis.
L’essence des pas:
Da pacem Domine, da pacem O Christe, in diebus nostris. Donne la paix, Seigneur Christ, en notre temps.
petit manteau orange fluo