un pas à la fois… un pas à la foi

Cluny 1 – La grande absente

En route pour Taizé, je passe deux nuits à Cluny, qui n’est qu’à 7 km au sud. Quelle joie d’enfin découvrir cette ville-abbaye dont j’entends parler depuis si longtemps… Elle est magnifique. Mais il y a tout un vide.

Je reviens quelques pas en arrière d’abord, au moment où, à Charles-de-Gaule, je bifurque à gauche vers la sortie alors que mes co-pèlerins de l’Arménie vont à droite pour la correspondance vers Montréal. La coupure est nette mais l’esprit de ces nouvelles amitiés et de ce qu’on a partagé m’habite et je débute la portion solo de mes pèlerinages dans un sentiment de belle paix intérieure.

Le trajet à partir de l’aéroport se déroule de façon remarquablement fluide. J’obtiens mes billets de train et de bus à la borne automatique à la gare à côté de l’aéroport et ceci m’amènera à Cluny pour 18h30. Je lie conversation avec quelques personnes et j’apprécie particulièrement la gentillesse d’une dame qui me gratifie régulièrement de sourires complices. Ah, l’importance des sourires. Elle lit un livre sur comment devenir agente d’insertion. Je pense que ce métier lui siéra bien.

J’arrive enfin à Cluny et la première chose que je remarque est un clocher à deux étages qui pique ma curiosité et force mon émerveillement.

Clocher de l’eau bénite à travers les Portes d’honneur

Que ça va être intéressant, mais demain. Je dois trouver mon hébergement d’abord puis me restaurer. J’ai toute la journée demain pour l’abbaye. Patience. Je trouve et mon gîte et de la bouffe et j’aurai une bonne nuit reposante dans ma chambre à l’allure très médiévale avec sa cheminée!

Enfin le matin et c’est toute pimpante que je prends le chemin du syndicat d’initiatives qui fait office de bureau d’information touristique pour y acheter mon billet d’entrée à l’abbaye. Ça ouvre à 9h30 et ayant quitté à 9h, je pense avoir amplement le temps. Mais c’est jour de marché. Et quel marché. Il doit y avoir près d’une soixantaine de kiosques, répartis des deux côtés des routes sinueuses qui entourent l’abbaye. Et ils vendent de tout. Vêtements, jouets, instruments de musique, beaucoup d’articles en bois, crèmes, savons, et bien sûr de la nourriture de toutes sortes. Légumes, fromages (certains très odorants!), viandes, saucissooooons. Je n’ai jamais vu autant de sortes de saucissons. J’aurais le goût de tous les goûter… Ça sent tellement bon! Mais là il est passé 9h30.

J’accours et, billet acheté, j’ai une heure avant le début de la visite guidée donc j’en profite pour explorer et commence ma visite du site par les Portes d’honneur. C’est que Cluny n’est pas qu’un petit monastère, c’est une ville-monastère qui sera éventuellement fortifiée. C’est donc un immense domaine que je suis appelée à… imaginer. De la troisième église, Cluny III, il ne reste que 10%. Lors de la visite guidée comme telle, j’apprends que la majorité du complexe monastique est détruite peu après la révolution française mais il est intéressant de noter que ce ne l’est qu’en 1798, donc près de 10 ans plus tard. Les 35 moines qui restent en 1789 doivent quitter lors de la dissolution des ordres monastiques en 1790 et le plomb des vitraux a été utilisé pour produire des munitions (donc l’endroit est vide et la détérioration progresse vite car l’église est maintenant sujette aux intempéries) mais la décision de démolir n’a pas été prise rapidement.

C’est que Cluny III, bâtie entre 1088 et 1130, est la plus grande église de la chrétienté pendant… quatre siècles. C’est la Maior Ecclesia, avec ses 187 m de long par 90 m de haut au transept.  Elle n’est supplantée que par la basilique St-Pierre de Rome en 1506. Par un coup de maître d’un des premiers abbés, elle se rapporte directement à Rome et non aux pouvoirs politique ou épiscopal de sa région. Cette indépendance permet une croissance rapide et un rayonnement immense. Trop de l’un ou de l’autre? Bernard de Clairvaux fonde l’Ordre des Cisterciens un peu en réaction contre la puissance et les excès de Cluny mais il n’en demeure pas moins que l’influence de cette dernière est majeure et incontournable dans le monde monastique chrétien.

Ce qui fait que l’absence de l’église se fait encore plus terriblement sentir. Il y a un immense vide. Ça devait être tellement beau et inspirant! Mais les documents explicatifs sont bons et on peut imaginer la grandeur d’époque. Dans la photo qui suit, je me tiens à l’entrée du narthex; le début de la nef est à la hauteur du muret qu’on voit à mi-photo et la tour du clocher de l’eau bénite à droite n’indique que la location du transept, il y a encore le choeur, l’abside et les chapelles rayonnantes encore plus loin! Gigantesque…

Cluny III… Soupirs…

La portion guidée de la visite est très intéressante et mon groupe a le bonheur d’entendre notre guide démontrer l’incroyable accoustique sous le clocher de l’eau bénite en chantant un hymne composé par Ste-Hildegard de Bingen, contemporaine de Cluny III. Il va sans dire que l’accoustique est superbe. 187 m de long oblige. Ouf…

Le cloître a également été conservé, tout comme certains des terrains des jardins et d’autres bâtisses, qui servent maintenant de demeure à l’École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers de France (des étudiants en ingénierie en fait). Ça console de voir qu’il y a quand même beaucoup de vie. Il faut aussi mentionner qu’un vent de mise en valeur du site suite au 1100e anniversaire (pas une erreur, l’abbaye initiale a été fondée en l’an 910) en 2010 a permis une bonne progression dans les fouilles archéologiques et la restauration de ce qui peut l’être et les fruits sont fièrement partagés avec le public. Ça donne le goût de revenir faire un tour dans 5 ans… D’autant qu’une nouvelle optique a récemment été adoptée, à Cluny à tout le moins, qui autorise une reconstruction (pas juste une restauration) d’une petite partie. Allons, rêvons… Et si toute l’église était reconstruite? 😁

Je reviens à mon gîte éblouie par la lumière visible de Cluny, et fascinée par sa lumière invisible. Un peu de repos avant la 2e portion de la journée, qui touche à un anniversaire d’un autre ordre quant à elle, et qui sera relatée dans ma prochaine entrée de journal.

Les sens des pas:

Vue: La vision en imagination de ce qu’était Cluny III.

Odorat: L’odeur des fromages et des saucissons au marché en plein air ce matin.

Goût: Ma salade auvergnate d’hier soir.

Ouïe: Entendre un chant d’Hildegard de Bingen dans une abbaye du 11e siècle.

Toucher: La lourde clé ancienne de ma porte de chambre. Je pense qu’elle a plus de 100 ans.

L’essence des pas: Cluny III n’est plus (ou presque). Le Seigneur est toujours.

petit manteau orange fluo

 

4 thoughts on “Cluny 1 – La grande absente

  1. Jean de Moissac

    Il existe bien une église qui soit une réplique réduite de l’église de Cluny, lieu où se vit de grandes grâces alors que l’on appelle cette ville la cité de la miséricorde : Paray-le-Monial !

    1. PMOF Post author

      Ah, ha, merci Jean! Je ne suis pas encore allée à Paray-le-Monial… Tu me donnes des idées… 🙂
      Geneviève

  2. Sylvie Bossé

    Hildegarde de Bingen… Une âme qui m’inspire particulièrement…

    Je me délecte de tes mots, chère Geneviève! Merci.

    1. PMOF Post author

      Merci Sylvie. Tu me donnes des idées de musique quand on se verra de nouveau ☺
      Geneviève

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